À Kinshasa, moins d’une année après leur mise en service, les bus récemment acquis par le ministère de l’Agriculture sous l’initiative du ministre Muhindo Nzangi circulent déjà sur plusieurs axes de la capitale. Ces véhicules, initialement destinés à l’usage exclusif du personnel du ministère, assureraient désormais des trajets ouverts au grand public sur les lignes BIBWA, MASINA, LEMBA et lemba, avec des tarifs variant entre 500, 1 000 et 1 500 francs congolais par course, selon les axes et les conducteurs.
Selon des agents du ministère, le ministre Muhindo Nzangi aurait exercé une pression auprès du gouvernement pour obtenir ces bus, avec l’objectif affirmé d’améliorer les conditions de déplacement et de travail de ses équipes. « L’intention initiale était de faciliter la mobilité du personnel du ministère et de moderniser notre flotte », confient certains d’entre eux. La réalité d’aujourd’hui est toutefois tout autre : ces véhicules servent désormais à des usages privés et commerciaux, détournant l’objectif pour lequel ils avaient été acquis.
D’après des sources proches du secrétariat général, ces bus constitueraient un investissement inédit depuis plusieurs années, une avancée que les prédécesseurs avaient eu du mal à offrir aux agents. Ils ont été financés à crédit, et leurs paiements restent partiellement dus. Le carburant, fourni par le Trésor public, est déjà utilisé pour ces trajets à caractère commercial, selon des recoupements réalisés sur le terrain.
La situation est devenue particulièrement visible grâce aux vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux. On y voit des agents du ministère appeler les clients selon les axes desservis, incitant directement les passagers à monter à bord des bus. Ces images constituent aujourd’hui la principale source d’information pour de nombreux Kinois et alimentent le débat sur la gouvernance et la transparence dans l’utilisation des ressources publiques.
Des kinois dénoncent ce qu’ils considèrent comme une pratique systémique : les recettes générées seraient réinjectées dans des circuits opaques, profitant aux autorités impliquées. « Ce n’est pas un incident isolé, mais un schéma qui se répète depuis longtemps », estiment-ils, soulignant une complicité tacite dans la gestion de ces équipements.

Cette situation provoque l’indignation des habitants de Kinshasa. Plusieurs Kinois interrogés rappellent que l’État, à travers ses représentants, de veiller à ce que des infrastructures financées par les contribuables ne deviennent pas un outil de profit privé. Ils appellent à des sanctions concrètes, rappelant que ces agents perçoivent déjà des salaires confortables et de nombreuses primes financées par le Trésor public. « Si aucune mesure ferme n’est prise, cette gestion restera une honte aux yeux de la population et de la communauté internationale », avertissent-ils.
À LEMBA, BIBWA, MASINA et KINTAMBO, des usagers rapportent des files d’attente plus longues et des tarifs variables selon les conducteurs, accentuant le sentiment d’arbitraire et d’injustice sociale. La question de l’impact sur la crédibilité de la gouvernance, ainsi que sur la transparence de l’utilisation des fonds publics, demeure entière. À en croire plusieurs analyses, la situation illustre un paradoxe : des infrastructures financées par les contribuables, conçues pour améliorer le quotidien d’un service public, sont détournées pour des usages privés et commerciaux. Pour l’heure, l’avenir de ces bus et la régulation de leur exploitation restent incertains, tandis que les Kinois attendent des mesures concrètes et tangibles, au-delà des discours officiels.
Par kilalopress