Maniema : la criminalité faunique frappe les grands singes à Punia, l’impunité dénoncée et la justice réclamée pour les espèces protégées

Dans les forêts épaisses du territoire de Punia, au nord de la province du Maniema, une alerte grave vient fissurer le fragile équilibre entre les communautés locales et une biodiversité déjà sous pression. Selon des acteurs de la société civile, une série d’actes de braconnage visant des espèces intégralement protégées aurait été perpétrée ces derniers mois dans les villages d’Osa et de Mukama, au sein du groupement Banamea, secteur des Babira-Bakwame.

Les faits, rapportés vendredi à l’Agence congolaise de presse, dessinent le portrait inquiétant d’une criminalité faunique répétée, opérant dans un climat d’impunité dénoncé avec insistance. D’après les déclarations recueillies, un individu clairement identifié par les forces vives locales serait impliqué dans l’abattage, à l’aide d’une arme à feu, d’un chimpanzé le 29 décembre 2025 et d’un gorille le 11 février 2026. Ces deux espèces figurent parmi les plus menacées de la faune congolaise, emblématiques non seulement de l’écosystème forestier du centre-est du pays, mais aussi de l’effort mondial de conservation auquel la République démocratique du Congo est partie prenante. Les faits se seraient déroulés à quelques kilomètres seulement de la zone mitoyenne du Parc national de Kahuzi-Biega, un espace censé jouer un rôle de rempart écologique face aux activités illégales.

Pour Jean-Claude Ngoy, président de la Société civile forces vives de Punia, ces actes ne constituent pas un incident isolé. « Cette criminalité faunique n’est pas son premier forfait », a-t-il affirmé, rappelant qu’au cours de la période officielle de fermeture de la chasse — du 3 juillet au 3 octobre 2025 — le même individu aurait également abattu un buffle, en violation manifeste de la réglementation en vigueur. Des images photographiques et des vidéos de cet abattage auraient, selon lui, circulé publiquement, sans qu’aucune suite judiciaire dissuasive ne soit engagée.

Au-delà de la mort des animaux, c’est toute une chaîne d’illégalités qui est pointée du doigt. Selon les informations communiquées par la société civile locale, la viande issue de ces espèces protégées aurait été commercialisée dans plusieurs villages du groupement Banamea ainsi que dans les carrières minières environnantes. Ce circuit de vente clandestin, alimenté par la demande des sites miniers et l’absence de contrôles effectifs, contribue à banaliser la destruction de la faune et à ancrer le braconnage dans l’économie locale informelle.

Dans cette partie du Maniema, la forêt n’est pas seulement un paysage : elle est une source de subsistance, un régulateur climatique et un patrimoine vivant. La disparition d’un gorille ou d’un chimpanzé ne se limite pas à une perte symbolique ; elle fragilise l’ensemble de l’écosystème forestier, perturbe la régénération naturelle des arbres et accentue la vulnérabilité des communautés face aux dérèglements environnementaux. Selon plusieurs observateurs locaux, la répétition de ces crimes révèle surtout la faiblesse de l’application des lois sur la conservation et le décalage entre les engagements nationaux et la réalité du terrain.

Tout en appelant à la prudence lexicale et au respect des procédures, les acteurs de la société civile estiment que le silence ou l’inaction face à de tels faits équivaudrait à une forme de complicité passive. Ils plaident pour des enquêtes crédibles, des poursuites effectives et une présence renforcée des services de conservation, afin que la forêt de Punia ne devienne pas un angle mort de la protection environnementale en RDC. Derrière ces dénonciations, se joue une question plus large : celle de la capacité de l’État et de ses partenaires à endiguer une criminalité faunique qui prospère là où la loi recule et où la valeur du vivant est reléguée au rang de marchandise.

Par kilalopress

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