À Kinshasa, les défenseurs des droits humains et acteurs de la société civile ont validé ce 20 février 2026 le texte citoyen de révision de la loi n°23-027 à l’issue d’un atelier national organisé par ACEDH. Cette étape vise à corriger les dispositions jugées risquées et à renforcer la protection juridique des défenseurs avant un plaidoyer auprès des autorités.
Dans une salle MAIKO, progressivement gagnée par la concentration, dossiers ouverts et stylos en main, les participants ont franchi une étape majeure : la validation collective du texte citoyen relatif à la révision de la Loi n°23-027 portant protection et responsabilité du défenseur des droits de l’homme. Dès les premieres heures de la matinée pluvieuse, l’atmosphère est studieuse. Les participants se répartissent en groupes de travail. Trois cercles se forment, chacun penché sur le contenu de l’avant-projet de proposition de révision de la loi. Les discussions sont techniques, parfois animées. Certains feuillettent la loi annotée, d’autres relisent à voix basse des articles jugés sensibles. Ici, une disposition est qualifiée de « floue », là, un alinéa est pointé comme une menace potentielle pour l’exercice des activités des défenseurs. Les échanges traduisent une même préoccupation : faire d’une loi contestée un véritable bouclier juridique.

En fin de matinée, les groupes reviennent en plénière. Les restitutions s’enchaînent, rythmées par des observations, des ajustements de dernière minute et des propositions de reformulation. Chaque mot compte. Les débats ne cherchent pas l’unanimité de façade, mais une cohérence juridique capable de résister à l’épreuve du terrain. Progressivement, une version consolidée du texte prend forme. À l’heure de la mise en commun, le document est projeté, relu, corrigé, puis validé. Le consensus est là, palpable, presque solennel.
Cette dynamique porter par l’ACEDH s’inscrit dans un objectif clairement assumé par les organisateurs : contribuer à un processus d’influence des politiques publiques en mobilisant les acteurs concernés autour d’un texte issu des consultations de base. Il s’agit non seulement de collecter et intégrer les dernières observations et critiques légistiques, mais aussi de garantir l’adhésion réelle des participants à travers une validation collective, condition essentielle pour la suite du plaidoyer.
Au cœur des échanges, une conviction revient avec insistance. Pour Maître Eric Kambale, l’un des organisateurs, la loi actuelle ne doit pas devenir un instrument de crainte pour ceux qu’elle est censée protéger. « Une loi de protection ne peut pas être une loi de menace », rappelle-t-il devant l’assemblée, en soulignant que certaines dispositions, dans leur formulation actuelle, exposent les défenseurs des droits humains à des risques réels. Le travail engagé ne vise donc pas à rejeter l’ensemble du texte, mais à identifier, expliquer et corriger les clauses dangereuses, celles qui compromettent la légitimité et la sécurité des défenseurs sur le terrain.

L’après-midi est consacré à la projection vers l’avenir. Après la pause, l’ambiance change légèrement : moins de débats juridiques, davantage de réflexion stratégique. Les participants sont invités à formuler des propositions sur les étapes à suivre après la validation du texte. Les idées fusent : constitution d’un noyau de plaidoyer, mobilisation d’alliés politiques, production d’arguments juridiques solides à destination du Parlement. Une certitude se dégage : le travail ne fait que commencer.
Maître Eric Kambale insiste alors sur un élément clé du processus. Les acteurs qui avaient participé à l’adoption initiale de la loi et ceux qui portent aujourd’hui sa révision forment désormais une force commune. Cette convergence, selon lui, augmente considérablement les chances d’aboutir. « Il existe déjà un grand nombre de défenseurs impliqués. Comme vous le savez, certains groupes de défenseurs avaient été à l’origine de l’adoption de cette loi. Ils ont travaillé dur pour qu’elle voie le jour. Et ce sont ces mêmes défenseurs qui, aujourd’hui, disent avoir été surpris par la manière dont la loi a été promulguée et appliquée. Nous constituons donc, je peux le dire, une force synergique. Ceux qui ont participé à l’adoption de la loi et ceux qui portent aujourd’hui sa révision forment déjà un bloc. Cela s’explique par le fait que nous travaillons ensemble sur cette question depuis un certain temps.
Cela nous donne de réelles chances d’aboutir à des résultats. Les difficultés rencontrées lors de l’adoption de la loi pourront être plus facilement surmontées si ces acteurs avancent avec nous dans ce processus. Notre chance est qu’ils ont accepté de nous accompagner précisément à cause des différents risques que comporte la loi actuelle.Nous sommes déjà un bloc », affirme-t-il, convaincu que cette synergie facilitera le dialogue avec les députés et sénateurs, d’autant plus que nombre d’entre eux ont déjà pris conscience des risques posés par certaines dispositions de la loi. La séance se clôture dans une atmosphère à la fois sérieuse et déterminée. Formalités administratives, derniers échanges informels, poignées de main appuyées : chacun repart avec le sentiment d’avoir contribué à un moment charnière. À travers cette rencontre nationale, l’ACEDH consolide son rôle de catalyseur du plaidoyer en faveur des droits humains en RDC, en posant les bases d’une réforme législative plus complète, plus sécurisante et véritablement alignée sur les standards internationaux.
Par Thérèse Mputu