Maï-Ndombe : comment les peuples autochtones Pygmées reconstruisent leur vie

À l’aube, dans le territoire de Mushie, la brume s’accroche encore aux herbes hautes. Assise sur un tronc d’arbre, Mabiala, 32 ans, observe ses deux enfants qui s’éloignent avec des houes encore neuves, brillantes sous la rosée. Il y a un an, elle n’avait ni champ, ni outils, ni certitude de pouvoir nourrir sa famille. « On fuyait… on cherchait juste à survivre », murmure-t-elle, les yeux fixés vers la forêt.

Comme des dizaines d’autres familles autochtones pygmées originaires des groupements Elé-Lokoro et Lukeni, Mabiala a quitté les territoires de Kiri. La faim, l’insécurité alimentaire, la pression sur les ressources les ont poussés à partir. À leur arrivée à Mushie, ils n’étaient que des déplacés de plus, invisibles dans une région déjà fragile. Aujourd’hui, leur quotidien commence lentement à changer.

Ce basculement, Mabiala le doit en partie au Projet AVENIR, une initiative du Ministère de l’Agriculture et sécurité alimentaire qui signifie  » Projet d’Autonomisation par la Valorisation de l’Entreprenariat agricole et rural sensible à la Nutrition, Inclusif et Résilient » et portée par le Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers de la RDC (REPALEF-RDC). Sur le terrain, ce sont des visages comme celui de Jean-Bosco, animateur communautaire, qui incarnent ce projet. « Avant de commencer, on a discuté longtemps avec les communautés. Rien ne se fait sans leur accord », explique-t-il, évoquant le processus de Consentement Libre, Informé et Préalable.

Dans les villages de Mushie et d’Oshwe, ces discussions ont ouvert la voie à une transformation concrète. Plus de 70 hectares de terres ont été sécurisés pour les communautés autochtones, permettant à plus de 200 ménages — près de 10 000 personnes — de retrouver un espace pour cultiver, pêcher, élever. Pour Mabiala, ce chiffre abstrait se traduit par une parcelle bien réelle. « C’est ici que je plante le manioc maintenant », dit-elle en désignant une clairière où les premières pousses émergent. À côté, des ruches en bois alignées témoignent d’une autre activité introduite récemment : l’apiculture.

Un peu plus loin, à Oshwe-Cité, le bruit du métal résonne dans un atelier flambant neuf. Patrick, 24 ans, ajuste une pièce sous les étincelles d’une soudure. « Je ne pensais pas apprendre ça un jour », confie-t-il. Comme d’autres jeunes, il a été formé dans l’un des deux centres construits dans le cadre du projet. Ici, on fabrique des houes, des chariots, des équipements agricoles — des outils qui manquaient cruellement aux communautés.

« Avant, on dépendait de tout. Maintenant, on peut produire nous-mêmes », ajoute Patrick, essuyant la sueur sur son front.

Au-delà des outils et des terres, le projet mise aussi sur les savoirs. Dans les Champs Écoles Paysans, des groupes se réunissent régulièrement pour apprendre et partager des techniques agricoles adaptées. Mama Thérèse, une formatrice locale, insiste : « On ne vient pas remplacer leurs connaissances. On les valorise, on les renforce. »

Cette approche s’étend aussi à la forêt. Car ici, chaque avancée économique est indissociable d’un enjeu environnemental. Les campagnes d’éducation sensibilisent les communautés à la gestion durable des écosystèmes forestiers — une nécessité dans une province où la forêt reste à la fois source de vie et fragile rempart face aux changements climatiques. Dans une école d’Oshwe, des enfants répètent à voix haute les gestes à éviter pour protéger leur environnement. « On nous apprend que la forêt peut disparaître si on ne fait pas attention », explique Junior, 11 ans.

C’est aussi dans cette dynamique que, pour la première fois, Mabiala s’est rendue à une célébration publique en son nom. Lors de la Journée Internationale des Peuples Autochtones 2025, organisée dans la province, elle s’est tenue au milieu d’autres familles, écoutant des discours, participant aux échanges, et surtout se sentant reconnue. « On nous a donné la parole. On a raconté notre vie », dit-elle. Ce jour-là, au-delà des symboles, c’est un sentiment d’existence collective qui a émergé, contribuant à briser la stigmatisation et à renforcer les liens entre communautés.

Mais l’un des changements les plus silencieux se joue ailleurs : dans la reconnaissance des droits. Grâce aux campagnes de vulgarisation, la loi n°22/030 portant protection des Peuples Autochtones pygmées commence à circuler dans les discussions. « Avant, on ne savait même pas qu’on avait des droits », reconnaît Mabiala. « Maintenant, on peut parler. »

Derrière ces avancées, un dispositif institutionnel complexe soutient le projet. Le REPALEF-RDC coordonne les actions avec l’appui de partenaires comme le Fonds International de Développement Agricole (FIDA), l’Agence Française de Développement (AFD) et le Fonds pour l’Environnement Mondial. Une architecture souvent invisible pour les bénéficiaires, mais essentielle pour mobiliser les ressources et structurer les interventions.

Pourtant, sur le terrain, tout reste fragile. Les besoins dépassent encore les moyens, et plusieurs activités sont en cours de déploiement. Les tensions foncières, les défis climatiques et les inégalités persistantes continuent de peser sur les communautés. En fin de journée, Mabiala rassemble ses outils. Le soleil décline derrière la forêt, projetant de longues ombres sur son champ. Elle s’arrête un instant, observe ses enfants qui reviennent, les pieds couverts de terre.

« Ce n’est pas encore facile », dit-elle doucement. « Mais au moins, maintenant, on a quelque chose à protéger. » Dans ce coin du Maï-Ndombe, l’avenir ne se promet pas. Il se cultive, à la force des mains, entre la mémoire de la forêt et l’espoir fragile d’une autonomie retrouvée.

Par kilalopress

Un commentaire sur « Maï-Ndombe : comment les peuples autochtones Pygmées reconstruisent leur vie »

  1. C’est les PTFs (FIDA,AFD et GEF) qui appui le Projet Avenir et le projet Avenir à sont tours qui appui le REPALEF.
    N’oublie pas que c’est un projet du Ministère de l’Agriculture et sécurité Alimentaire. Il faut vraiment insisté

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