Kisangani : Félix Tshisekedi ordonne une enquête sur la gestion controversée des fonds FRIVAO liés au zoo

C’est désormais officiel. Le président Félix Tshisekedi a autorisé l’ouverture d’une enquête sur la gestion des fonds destinés à la réhabilitation du jardin zoologique de Kisangani, un dossier marqué depuis des mois par des soupçons d’opacité et de graves incohérences financières.

Cette décision ne surgit pas de nulle part. Elle intervient après une série d’alertes, de révélations et d’interpellations politiques qui, progressivement, ont fissuré le silence autour de ce projet pourtant présenté comme emblématique de la relance du patrimoine environnemental congolais.

Car derrière les annonces, les chiffres dérangent. Un projet initialement estimé à 700 000 dollars, mais financé à hauteur de près de 4 millions USD via le FRIVAO. Sur le terrain, pourtant, les avancées restent difficilement vérifiables, alimentant un doute persistant sur l’utilisation réelle de ces fonds publics.

Bien avant cette décision présidentielle, plusieurs voix avaient déjà tenté d’alerter. À Kisangani, le député Fontaine Mangala dénonçait publiquement la nécessité d’une gestion transparente des fonds destinés aux victimes. À Kinshasa, la pression s’est intensifiée lorsque le député Trésor Limengo Ikolonga a officiellement saisi l’Assemblée nationale, exigeant des explications sur les 4 millions USD supposément déjà décaissés. Ces démarches, longtemps perçues comme des alertes isolées, s’inscrivent aujourd’hui au cœur d’une procédure judiciaire appelée à faire la lumière sur les responsabilités.

Cependant, si l’ouverture de l’enquête est désormais actée, son déclenchement précis reste encore partiellement opaque. Les informations disponibles évoquent des instructions données aux autorités compétentes et le déploiement du parquet, sur fond de soupçons de mauvaise gestion et d’écarts financiers significatifs. Mais à ce stade, les modalités exactes — saisine formelle, base juridique ou rapport déclencheur — n’ont pas été rendues publiques, laissant subsister une zone d’ombre sur le processus ayant conduit à cette décision.

Au-delà de la question financière, l’affaire met en jeu la crédibilité même de la gestion environnementale en RDC. Le zoo de Kisangani, autrefois symbole du patrimoine naturel, devait incarner une renaissance. Il est aujourd’hui au centre d’interrogations profondes : absence de lisibilité budgétaire, flou sur les partenaires, retards inexpliqués. Dans ce contexte, les constats de terrain viennent renforcer les inquiétudes. Lors d’une mission d’inspection effectuée le 10 juillet 2025 dans la province de la Tshopo, Mateus Kanga s’était publiquement dit déçu de l’évolution du chantier : « la manière dont se déroulent les travaux n’est pas de nature à nous satisfaire ».

Dans un contexte où chaque projet de conservation est censé répondre à un double impératif — protéger la biodiversité et servir les populations — cette opacité fragilise la confiance. Le recours au FRIVAO donne à ce dossier une portée encore plus sensible. Ces fonds sont issus d’un mécanisme de réparation destiné aux victimes de la guerre de Six Jours. Leur utilisation engage donc une responsabilité morale autant que financière. C’est précisément ce décalage — entre la promesse de réparation et les zones d’ombre actuelles — qui rend l’ouverture de cette enquête particulièrement attendue.

En enclenchant cette procédure, le chef de l’État place désormais les institutions face à leurs responsabilités. Reste à savoir si l’enquête permettra d’établir clairement les faits, de retracer les flux financiers et, le cas échéant, de situer les responsabilités. Car au-delà du zoo de Kisangani, c’est une question plus large qui se pose : celle de la capacité de l’État à garantir une gestion transparente des ressources destinées à l’environnement et aux communautés. Et cette fois, les regards sont tournés vers les résultats.

Par kilalopress

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