À Kikwit, dans la province du Kwilu, le jour se lève doucement sur la cour du lycée YEDISA. Les élèves arrivent par petits groupes, leurs pas rythmés par les discussions du matin. Sur leurs épaules, un détail attire l’attention : des sacs tressés, souples, aux teintes naturelles, qui semblent porter bien plus que des cahiers.
Ici, on les appelle Bampusu.
En kikongo, ce mot désigne la matière végétale utilisée pour fabriquer ces sacs. Une fibre issue de la forêt, patiemment récoltée, séchée puis transformée à la main. Dans les quartiers de Kikwit, ce savoir-faire circule de génération en génération. Les mains des artisans connaissent chaque geste, chaque tension du tressage, chaque secret pour donner au sac sa solidité et sa légèreté.
Avant d’arriver sur le dos d’un élève, le Bampusu commence son voyage au cœur de la forêt. Là, les récolteurs sélectionnent les plantes avec soin, sans abattre les arbres, en prélevant uniquement ce que la nature peut renouveler. C’est cette attention qui fait toute la différence : la forêt reste debout, vivante, pendant que ses ressources continuent de nourrir les communautés.
Dans les cours intérieures, à l’ombre des maisons, les fibres prennent vie. Elles s’entrelacent, se croisent, se resserrent. Chaque sac raconte une histoire — celle d’un geste appris, d’un temps consacré, d’une matière respectée. Aucun n’est exactement identique à un autre. Chacun porte la signature silencieuse de celui ou celle qui l’a fabriqué.
Depuis plus de dix ans, le lycée YEDISA est devenu un témoin privilégié de cette transformation. Les sacs Bampusu y ont progressivement remplacé les cartables importés. Plus accessibles, plus résistants, ils répondent aux réalités locales. Mais au-delà de leur utilité, ils incarnent une fierté : celle de porter un objet conçu ici, avec les ressources d’ici.
Pour les élèves, le Bampusu n’est pas seulement un sac. C’est un compagnon du quotidien, qui accompagne les trajets, protège les livres et traverse les saisons. Pour les familles, c’est une solution adaptée, économique et durable. Et pour les artisans, c’est une source de revenus, une activité qui valorise leur savoir-faire et renforce leur autonomie.

Derrière cette dynamique, une réalité plus large se dessine : celle de la valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL). En utilisant des ressources comme le Bampusu, les communautés démontrent qu’il est possible de tirer profit de la forêt sans la détruire. Chaque fibre utilisée devient un argument en faveur de la préservation, chaque sac vendu une preuve que la biodiversité peut être une richesse vivante.
Dans le Kwilu, cette approche prend racine. Elle relie la forêt à l’école, les traditions à l’avenir, les gestes d’hier aux besoins d’aujourd’hui. Elle montre que le développement peut se construire autrement — à partir de ce qui existe déjà, en respectant les équilibres naturels. À la sortie des classes, lorsque les élèves repartent chez eux, les sacs Bampusu reprennent leur place sur les épaules. Ils semblent légers, presque discrets. Et pourtant, ils portent en eux quelque chose de plus grand : une vision où la forêt n’est pas une ressource à épuiser, mais une alliée à valoriser.
À Kikwit, cette vision ne se discute pas. Elle se tisse, jour après jour.
Par kilalopress