BUKAVU, 02 Septembre 2025 — Dans une salle sobre mais attentive de la bibliothèque de la faculté d’agronomie à l’Université Évangélique en Afrique, les regards étaient tournés vers un même horizon : comment faire de l’agroécologie une réalité concrète pour le Sud-Kivu. L’initiative, menée et facilitée par Congo Basin Conservation Society (CBCS-Network), a réuni chercheurs, agriculteurs, journalistes et acteurs de la société civile ce 2 septembre pour jeter les bases d’une stratégie provinciale sur le sujet.
Un besoin pressant, dans une province où plus de 30 % des ménages vivent en insécurité alimentaire, et où les forêts disparaissent à un rythme inquiétant, entre 1,5 et 2 % chaque année.
« Nous vivons une agriculture de type politique », a lancé le professeur Serge Ndjadi, en ouverture des travaux. « Il n’existe pas encore de cadre clair pour l’agroécologie dans notre province. Nous produisons difficilement, souvent à perte, face aux chocs écologiques. »
L’état des lieux partagé par les participants est sans détour. Rendements instables, pauvreté rurale persistante, pressions croissantes sur les ressources naturelles, faible inclusion des femmes et des jeunes… Le tableau est sombre, mais partagé avec lucidité. Cinq grands défis ont été dégagés comme prioritaires : l’insécurité alimentaire, la dégradation des écosystèmes, la faiblesse de la gouvernance, les inégalités sociales et le manque d’innovation agricole adaptée. Tous convergent vers une conclusion : le système agricole actuel n’est plus tenable.
Face à cela, l’agroécologie est apparue comme une piste crédible. Pas comme une mode ou une idéologie, mais comme une démarche ancrée dans les réalités locales : valoriser les savoirs paysans, reconnecter la recherche au terrain, et intégrer toutes les forces vives — en particulier les jeunes et les femmes — dans la transition.
« Il ne s’agit pas seulement de produire autrement, mais de penser un système alimentaire plus juste, plus résilient et plus durable », a ajouté le professeur Ndjadi.

Cette initiative a été menée et facilitée par Congo Basin Conservation Society (CBCS-Network), qui œuvre pour la promotion de systèmes agricoles durables et la conservation des écosystèmes dans le bassin du Congo.
L’objectif de la rencontre était clair : enclencher un processus structurant à l’échelle de la province. À l’issue des discussions, plusieurs engagements ont été formulés : élaborer une feuille de route, renforcer les liens entre chercheurs et producteurs, et mettre en avant les innovations locales souvent invisibles dans les politiques agricoles. Si l’initiative reste à ses débuts, les acteurs présents à Bukavu espèrent poser les fondations d’un véritable cadre politique pour l’agroécologie au Sud-Kivu.

Avec plus de 70 % des exploitations reposant sur une agriculture familiale de subsistance, et une riche diversité écologique, la province dispose d’atouts uniques pour devenir un modèle régional en agroécologie. Encore faut-il que les efforts de coordination suivent, et que le soutien aux communautés rurales s’inscrive dans la durée. La rencontre de Bukavu n’a pas tout résolu. Mais elle marque un point de départ. Pour nombre de participants, c’est déjà une victoire que de voir des scientifiques, des agriculteurs et des décideurs réfléchir ensemble à une autre manière de produire, de nourrir et de préserver.
Par kilalopress
Nous tenons à remercier et féliciter CBCS-NETWORK pour cette opportunité. Le soutien est de taille
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