Kisangani : l’agence congolaise de l’environnement (ACE) dénonce des travaux routiers illégaux sous l’égide du BCECO


Alors que Kisangani se transforme en un vaste chantier, un conflit majeur oppose l’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE) aux acteurs clés des projets d’infrastructures routières. Guy Mondele, directeur provincial de l’ACE, lance une alerte fracassante : les études d’impacts environnementaux et sociaux (EIES) ont été sciemment ignorées dans l’exécution des travaux financés par le gouvernement et pilotés par le Bureau Central de Coordination (BCECO).

Dans un entretien exclusif avec un media de la place, Guy Mondele dénonce avec virulence le mépris des textes légaux. « Comment des projets de cette envergure peuvent-ils contourner les EIES, alors que l’article 21 de la loi 11 et le décret 14 l’exigent expressément ? » s’indigne-t-il. Ces travaux, censés réhabiliter 90 km de routes dans la ville, sont exécutés par les entreprises Safrimex SARL et Mont Gabaon sous la supervision du BCECO, sans aucune consultation préalable de l’ACE.

Pire, selon Mondele, cette omission n’est pas une erreur administrative, mais un choix délibéré pour accélérer les chantiers, au mépris des risques écologiques. « Les cahiers de charges des entreprises privées devraient intégrer ces études. Or, la cellule de passation des marchés a tout simplement ignoré cette obligation », accuse-t-il, soulignant un paradoxe : le BCECO, pourtant garant de la coordination, s’affranchit des normes qu’il est censé défendre.

Kisangani, entre développement et désastre écologique

Ces projets, présentés comme vitaux pour lutter contre l’insécurité et moderniser la ville, cachent une réalité plus sombre. L’ACE rappelle que Kisangani est déjà confrontée à une pollution alarmante (déchets non gérés, déforestation, cours d’eau contaminés). L’absence d’EIES aggrave ces maux : les travaux routiers pourraient accroître l’érosion, perturber les écosystèmes locaux, et exposer les populations à des risques sanitaires non évalués.

Ironiquement, l’ACE a récemment menacé de fermer des stations-service pour non-respect des EIES, démontrant son engagement… sauf quand il s’agit de projets gouvernementaux. « Pourquoi appliquer deux poids, deux mesures ? » interroge un activiste local sous couvert d’anonymat.

Malgré les promesses de transparence du BCECO, aucune réponse n’a été fournie à ces accusations. Pendant ce temps, les travaux avancent « à pas de géant », selon les déclarations officielles, tandis que le gouvernement provincial et national célèbrent ces réalisations comme des victoires contre la pauvreté.

Une question reste en suspens : ces infrastructures, si cruciales pour Kisangani, se construiront-elles sur les ruines de l’environnement ? L’ACE exige un audit immédiat et la suspension des chantiers non conformes. En attendant, la population boyomaise, déjà confrontée à la hausse des prix due à l’état désastreux des routes nationales, paiera-t-elle aussi le prix de cette négligence environnementale ?

L’heure n’est plus aux compromis, mais à la responsabilité. Kisangani mérite mieux qu’un développement au rabais.

Par kilalopress

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