Kinshasa : les parties prenantes recommandent de moderniser le Centre d’échange d’informations sur la biodiversité (CHM-RDC)

Au cœur de Kinshasa, ce vendredi 23 janvier, un exercice rarement visible mais déterminant pour l’architecture de la gouvernance environnementale nationale s’est tenu à huis clos élargi. Autour d’une même table, des acteurs issus de l’administration publique, du secteur privé, de la société civile, des réseaux de peuples autochtones, des communautés locales, des organisations de jeunes et de femmes, du monde académique ainsi que des partenaires techniques et financiers ont pris part à une consultation consacrée à l’avenir du Centre d’échange d’informations sur la biodiversité de la République démocratique du Congo (CHM-RDC).

Initiée par la Direction du Développement Durable (DDD) du ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de la Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC), cette rencontre avait pour objectif explicite d’identifier, de manière concertée, les actions prioritaires nécessaires à la revitalisation de cet outil numérique prévu par la Convention sur la diversité biologique. Selon des sources proches de l’organisation, il s’agissait moins d’un simple atelier technique que d’un moment de clarification collective sur la place réelle du CHM dans le pilotage des politiques de biodiversité du pays.

Près d’une cinquantaine de participants ont ainsi été mobilisés, traduisant une volonté d’inclusivité rarement observée dans ce type de processus. Dès l’ouverture des travaux, Adelart Mutombo Kazadi, chef de bureau du pilier environnemental et représentant de la directrice de la DDD, a tenu à situer l’enjeu. Rappelant le statut particulier de la RDC — souvent qualifiée de « pays-continent » en raison de l’étendue de ses écosystèmes et de son rôle de réservoir majeur de biodiversité mondiale — il a insisté sur la responsabilité qui en découle dans la mise en œuvre effective de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

Dans son allocution, il a souligné que le Centre d’échange d’informations sur la biodiversité constitue « un outil stratégique essentiel pour faciliter l’accès à l’information et soutenir la prise de décisions fondées sur des données fiables ». Tout en reconnaissant son importance, Adelart Mutombo Kazadi a dressé un constat sans détour de la situation actuelle : dans sa configuration présente, le CHM-RDC se heurte à plusieurs limites, notamment en matière de gouvernance, de fonctionnalité technique et de mise à jour régulière des données. Un diagnostic partagé par plusieurs participants, à en croire les échanges observés au cours de la séance.

Les discussions, structurées autour d’un guide d’entretien préparé en amont, ont permis de recueillir de manière méthodique les contributions des différentes catégories d’acteurs présents. D’après les organisateurs, l’ensemble des données issues de cette consultation servira de socle à l’élaboration d’un plan d’action national dédié à la revitalisation du CHM-RDC, appelé à orienter les choix techniques et institutionnels à venir.

Prenant la parole à son tour, Bienvenu Mupenda, point focal du CHM-RDC, est revenu sur le parcours récent de la plateforme. Il a rappelé que le mécanisme avait déjà été rendu opérationnel, tout en reconnaissant les difficultés rencontrées. « Le CHM était déjà opérationnel, mais il a rencontré des difficultés liées à sa visibilité, à son dynamisme et à l’affluence régulière des données », a-t-il expliqué. Selon lui, ces obstacles ont conduit à l’élaboration d’une feuille de route en collaboration avec le programme CBIOS, afin de hiérarchiser les actions jugées prioritaires pour redonner à l’outil sa pleine fonctionnalité.

Au-delà des aspects techniques, Bienvenu Mupenda a insisté sur la fonction stratégique que le CHM est appelé à jouer dans le suivi des engagements nationaux de la RDC. « Le CHM va servir d’outil de suivi et de rapportage pour la mise en œuvre de la Stratégie et du Plan d’Action Nationaux sur la Biodiversité (SPANB). Il nous permettra de suivre les progrès vers les 25 objectifs nationaux en matière de biodiversité et d’alimenter les rapports nationaux, comme le septième rapport attendu d’ici le 28 février », a-t-il précisé, situant clairement l’échéance et les attentes institutionnelles associées.

À l’issue des échanges, plusieurs recommandations jugées structurantes ont émergé. Elles portent notamment sur la mise à jour régulière et la centralisation des données relatives à la biodiversité, l’intégration d’informations issues d’autres cadres stratégiques connexes — tels que les Conventions sur les marchés de la biodiversité (CMB) ou les Objectifs de développement durable (ODD) — ainsi que sur l’amélioration technique et ergonomique du site web, incluant l’accessibilité, le multilinguisme et la facilité de navigation. Selon le point focal, les données collectées auprès des différentes structures productrices permettront d’évaluer de manière tangible le niveau réel de mise en œuvre des actions prévues.

Pour comprendre la portée de ces discussions, il convient de rappeler que le Clearing-House Mechanism, ou Centre d’échange d’informations sur la biodiversité, est une plateforme numérique instituée par l’article 18 de la Convention sur la diversité biologique. Formellement établi lors de la première Conférence des Parties (COP1) en 1995, ce mécanisme vise à faciliter la collecte, le partage et la diffusion des informations relatives à la biodiversité, et constitue l’un des piliers de la gouvernance mondiale dans ce domaine.

Partie à la Convention depuis mars 1995, la République démocratique du Congo a mis en place son CHM national en 2004, avec l’appui de la coopération technique belge, notamment à travers l’Institut national des sciences naturelles de Belgique et le programme CBIOS. Dans ce contexte, la consultation organisée à Kinshasa apparaît, selon des observateurs du secteur, comme une étape déterminante pour adapter cet outil aux exigences actuelles de suivi, de transparence et de redevabilité, dans un pays dont le patrimoine biologique exceptionnel reste étroitement lié aux dynamiques sociales, économiques et territoriales.

Par kilalopress

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