À Kinshasa, l’horreur foncière ne connaît pas de trêve. Sur l’avenue Dona Béatrice, dans le quartier Binza Pigeon, un nouvel épisode de violence légale a frappé. L’école maternelle et primaire Marcellin Mobateli, ainsi que le couvent des frères maristes, ont été brutalement déguerpis en pleine période d’inscription scolaire. Ce n’est pas une erreur administrative, ni un simple malentendu. C’est la quatrième fois que ces religieux sont menacés, intimidés, et jetés dehors comme des délinquants, sans aucun respect pour la loi, ni pour les vies humaines impliquées.

Cette fois encore, le scénario est le même : une dame, escortée par une unité de policiers, débarque sans prévenir, ordonne de vider les lieux, et supervise elle-même le déguerpissement sauvage. Les objets des enseignants, les affaires des religieux, le matériel scolaire… tout est jeté dehors, comme si cela n’avait aucune valeur. Elle prétend agir au nom d’une soi-disant propriétaire, une certaine Madame MUNDELE, dont personne ne connaît ni le visage, ni le statut juridique. Et surtout, qui ne s’est jamais présentée devant aucune juridiction.
Aucune décision de justice n’a été montrée. Aucun titre foncier. Aucun document officiel. Rien. Juste la force, la peur, et une opération menée sous le regard impuissant des enfants, des enseignants et des riverains. Ce déguerpissement est illégal, violent, et profondément inhumain. Et il n’est que le reflet d’un système où la terre est devenue une marchandise pour les puissants, un butin à s’arracher entre mains invisibles, pendant que les plus vulnérables sont laissés sans défense.
Les frères maristes, présents depuis des années dans ce quartier, appellent aujourd’hui à la justice. Ils demandent simplement qu’on examine les faits, que la vérité soit dite. Comment peut-on expulser une école sans décision judiciaire ? Comment une personne peut-elle réclamer un terrain sans jamais se présenter devant un juge ? Et comment la police peut-elle prêter main-forte à une opération privée, sans vérifier sa légalité ?
La réponse est simple, et elle fait froid dans le dos : à Kinshasa, la loi du plus fort a remplacé la loi de la République. Les terres se vendent dans l’ombre, les expulsions se font dans le silence, et ceux qui résistent deviennent des cibles. Ce n’est plus seulement un scandale foncier. C’est une attaque contre le tissu même de notre société.
Une enseignante présent sur place n’a pas pu retenir ses larmes en voyant ses documents, ses effets personnels, et le matériel pédagogique jetés dehors comme des ordures :
« Ils n’ont montré aucun document. Rien. Juste la police et une dame qui donnait des ordres. C’est la quatrième fois qu’on vit ça. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Que l’école disparaisse ? »
Autour des biens éparpillés sur le sol, la tension était palpable. Plusieurs jeunes malveuillant, ces jeunes bandits urbains bien connus dans les quartiers de Kinshasa, rodaient, flairant l’occasion de voler ce qui pouvait encore avoir de la valeur. L’un des frères maristes s’inquiète :
« On craint de tout perdre. Nos archives, notre bibliothèque, même nos effets personnels. Tout est exposé, et personne ne nous protège. »
Déloger une école, c’est empêcher des enfants d’apprendre. Déguerpir un couvent, c’est briser un repère moral et spirituel pour tout un quartier. Et faire tout cela sans aucun papier, sans aucune base légale, c’est se moquer ouvertement de l’État de droit.
« Cette femme dit s’appeler Madame MUNDELE, mais elle ne s’est jamais présentée à la justice. Aucun juge ne l’a jamais vue. Et malgré cela, elle envoie la police détruire tout un établissement scolaire. C’est incompréhensible », confie un habitant du quartier, témoin de la scène.
Kinshasa est une ville en crise. Une ville qui s’étouffe sous la spéculation foncière, où les pauvres sont chassés au nom du « développement », où la corruption foncière est devenue un mode de gouvernance. La destruction de l’école Marcellin Mobateli et l’expulsion des frères maristes doivent être vues pour ce qu’elles sont : un acte de violence sociale et environnementale, commis au nom d’intérêts opaques, au mépris total de la loi et de l’humanité.

Il est temps que cela cesse. Il est temps que les juges se lèvent. Que le parquet enquête. Que les policiers refusent de servir de bras armé à des opérations illégales. Et surtout, que les citoyens se réveillent. Car aujourd’hui, ce sont des religieux et des enseignants. Demain, ce seront d’autres. Et un jour, peut-être, ce sera vous. Le droit à la terre, le droit à l’éducation, le droit à un abri sûr, sont des droits fondamentaux. Les piétiner au nom du silence administratif et de la complicité politique, c’est tuer l’avenir d’une ville déjà fragilisée par la misère, la corruption et l’urbanisation sauvage.
Par Franck zongwe Lukama