Kinshasa : déchets au cabinet de la ministre de l’Environnement et de l’Économie du climat, Marie Nyange Ndambo — une exemplarité mise à l’épreuve

Kinshasa – Comment expliquer qu’un espace institutionnel dédié à la protection de l’environnement soit lui-même envahi par des déchets mal gérés ? La question, posée à la suite d’images devenues virales, dépasse le simple choc visuel. Elle oblige à interroger non seulement les pratiques, mais aussi les responsabilités réelles et les limites structurelles du système.

Sur les réseaux sociaux, une interrogation revient avec insistance : « Qui est censé venir enlever ça ? Et pour les amener où ? »

À première vue, la réponse semble pointer vers une défaillance évidente : l’absence d’un système efficace de gestion des déchets. Mais ce raisonnement mérite d’être nuancé.

D’une part, attribuer la situation uniquement à une incapacité technique des agents du ministère serait simplificateur. La gestion des déchets urbains à Kinshasa relève souvent d’un enchevêtrement d’acteurs : autorités locales, entreprises privées, services d’assainissement, parfois même initiatives informelles. Autrement dit, le ministère n’est pas toujours l’opérateur direct de la collecte. Le problème peut donc être aussi celui de la coordination, de la délégation ou du suivi.

D’autre part, l’idée largement partagée selon laquelle « ces déchets finiront forcément dans la nature » repose sur une perception répandue — mais qui mérite d’être interrogée. Est-ce systématiquement le cas ? Existe-t-il des circuits, même imparfaits, de dépôt ou de traitement ? Ou sommes-nous face à un manque de transparence qui alimente la défiance des citoyens ?

Cela dit, ces nuances n’effacent pas le fond du problème.

Car même en tenant compte des contraintes structurelles, une exigence demeure : celle de l’exemplarité. Une institution chargée de porter un discours sur la transition écologique ne peut pas se permettre une telle dissonance entre ses ambitions affichées et son fonctionnement quotidien.

Ici, deux niveaux de responsabilité apparaissent clairement :

  • Un défi technique réel : absence ou faiblesse d’infrastructures de tri, de recyclage et de traitement. Sans chaîne complète, la collecte seule ne suffit pas.
  • Un problème de gouvernance et de culture organisationnelle : manque de rigueur dans la gestion interne, insuffisance de mécanismes de contrôle, et peut-être banalisation de l’insalubrité.

Mais il faut aller plus loin que l’opposition classique entre technique et comportement.

La scène observée pose une question plus inconfortable : et si le problème venait aussi d’une approche trop centrée sur le visible ? Nettoyer, déplacer, rendre propre — sans traiter le fond. Une logique de vitrine qui masque l’absence d’une stratégie systémique.

Dans ce contexte, l’assainissement devient une opération ponctuelle, souvent réactive, rarement structurée. On enlève ici sans savoir précisément où cela sera durablement pris en charge. Et c’est là que ton hypothèse touche un point sensible — mais doit être formulée avec prudence : il ne s’agit pas seulement d’un manque de volonté, mais aussi d’un déficit de planification et d’investissement.

Au fond, ces images révèlent moins un incident isolé qu’un symptôme : celui d’un système où la gestion des déchets reste fragmentée, peu lisible et insuffisamment assumée comme une priorité stratégique. La vraie question n’est donc pas seulement qui enlève les déchets, mais qui est responsable de leur trajectoire complète — du point de production jusqu’à leur traitement final.

Tant que cette chaîne restera floue, les poubelles continueront de déborder. Et avec elles, la crédibilité des politiques environnementales.

Par kilalopress

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