Kinshasa, 24 avril 2026 — Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique et l’érosion accélérée de la biodiversité, la République démocratique du Congo affirme progressivement une voie singulière : celle d’une conservation fondée sur les savoirs locaux et la reconnaissance des peuples autochtones.
C’est dans cette dynamique que la ANAPAC, en collaboration avec le Programme Intégré pour le Développement du Peuple Pygmée (PIDP), a organisé à Kinshasa un atelier national de restitution des résultats à mi-parcours du programme « Initiative pour une conservation inclusive ».
Mis en œuvre avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), à travers son programme CET, et en partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce programme s’impose comme un levier stratégique pour repenser les modèles classiques de conservation.
Les peuples autochtones au cœur de la gouvernance environnementale
Au centre des échanges figurait la reconnaissance du rôle essentiel des peuples autochtones dans la préservation des écosystèmes forestiers. Longtemps marginalisées, ces communautés sont désormais perçues comme des acteurs incontournables d’une gestion durable des ressources naturelles.

Prenant la parole, Joseph Itongwa a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme :
« La conservation ne peut être efficace que si elle est portée par les communautés elles-mêmes, en intégrant leurs savoirs et leurs pratiques. »
Sous sa coordination, le programme prévoit l’identification de 15 aires de conservation communautaires réparties dans trois grands paysages écologiques du pays, tout en valorisant les mécanismes traditionnels de gestion des ressources naturelles.
Concilier protection de la nature et justice sociale
L’approche défendue par la ANAPAC repose sur un principe central : la conservation durable ne peut être dissociée de l’amélioration des conditions de vie des communautés.
Dans cette optique, quinze groupements de femmes, dont plusieurs issus de communautés autochtones, bénéficient de financements compris entre 7 000 et 10 000 dollars pour développer des activités génératrices de revenus compatibles avec la préservation de la biodiversité.
Cette démarche traduit une conviction forte : il ne peut y avoir de protection efficace des forêts sans dignité économique des populations qui y vivent.
Une reconnaissance institutionnelle en progression
L’atelier a également mis en lumière les avancées enregistrées dans l’intégration des peuples autochtones aux processus décisionnels nationaux.
Représentant la ministre de l’Environnement, Frédéric Djeungo a souligné que les préoccupations de ces communautés sont désormais mieux prises en compte dans les politiques publiques environnementales.
La présence du conseiller du Président chargé des questions autochtones a renforcé ce signal politique, saluant les efforts de structuration des communautés et réaffirmant l’engagement des institutions à défendre leurs droits.
Une mobilisation nationale autour du bassin du Congo
Les travaux ont réuni des représentants venus de plusieurs provinces, notamment les Kivu, le Maniema, l’ex-Province Orientale, le Sankuru, le Grand Kasaï et le Maï-Ndombe, illustrant l’ampleur nationale du processus.

Au-delà de cette diversité, les participants ont rappelé le rôle écologique majeur du bassin du Congo, considéré comme un pilier de la régulation climatique mondiale et un réservoir exceptionnel de biodiversité.
Vers un modèle de conservation réinventé
Les échanges ont convergé vers une vision commune : une conservation co-construite avec les communautés locales et autochtones, combinant savoirs scientifiques et connaissances traditionnelles.
Les recommandations attendues devraient renforcer la participation effective des communautés dans l’élaboration des politiques publiques de gestion durable des forêts, notamment dans le cadre de la révision du code forestier et de la stratégie nationale de foresterie communautaire.
Une ambition portée par les communautés
À travers cette initiative, la ANAPAC et le PIDP réaffirment leur ambition de faire des peuples autochtones des acteurs centraux des politiques environnementales.
Le projet, soutenu notamment par la Tenure Facility, vise la sécurisation des droits fonciers des peuples autochtones pygmées ainsi que l’amélioration de leurs moyens de subsistance.
Enfin, l’atelier a aussi servi de cadre de restitution dans le processus d’élaboration de la politique forestière nationale, en mettant en lumière les avancées du projet « Initiative pour une conservation inclusive », notamment en matière de collecte de données, de concertation multi-acteurs et d’analyses préliminaires, tout en soulignant la nécessité de renforcer la coordination entre les parties prenantes.
Par Asani Musungayi