Kasaï : Ngalula Pasua, cette cultivatrice chevronnée, dans son combat silencieux contre la terre aride

Le ciel de Tshikapa, chef-lieu de la province du Kasaï, semble garder son air lourd, non pas seulement à cause des rares averses qui tombent depuis début novembre, mais aussi à cause des inquiétudes qui pèsent sur l’avenir immédiat de la région. Selon une alerte lancée par plusieurs cultivatrices locales, une crise alimentaire pourrait se profiler à l’horizon au début de l’année 2025, mettant en lumière les défis auxquels elles font face. L’une de ces femmes, madame Ngalula Pasua, une cultivatrice chevronnée de la région, a accepté de partager son expérience avec Kilalopress.net, nous permettant ainsi de saisir l’ampleur de cette crise à venir et d’en comprendre les causes profondes.

Le Kasaï, autrefois cœur battant de la production vivrière de la République Démocratique du Congo, connaît aujourd’hui une situation dramatique. Comme le raconte Mme Ngalula, la saison sèche prolongée, qui s’est étendue bien au-delà de sa durée habituelle, a bouleversé le cycle de culture de nombreuses denrées essentielles à la vie quotidienne : manioc, maïs, arachides, amarante et autres produits vivriers. Ces semences, destinées à nourrir des milliers de familles, ont subi une germination défectueuse sous l’effet d’une chaleur intense qui a duré près de deux mois. « La chaleur a séché nos récoltes dès les premiers stades de leur croissance, rendant la situation d’autant plus difficile », confie-t-elle, visiblement abattue par la gravité des circonstances.

Les semences qui ont survécu sont rares et tardives, et la période idéale pour les semailles est maintenant largement dépassée. Mme Ngalula souligne que la fenêtre de plantation s’est réduite à peau de chagrin, et avec la sécheresse persistante de ces derniers mois, il n’y a pratiquement plus de chance de récolter une nouvelle culture avant 2025. « Nous tentons de rattraper la récolte avec les semences qui ont été mises en terre en retard, mais il n’y a pas de miracle », explique-t-elle, son regard perdu dans l’horizon de champs aujourd’hui stériles.

La situation, bien que dramatique, n’est pas isolée. En effet, depuis le mois de septembre 2024, la province du Kasaï, comme beaucoup d’autres régions du pays, a souffert d’une absence prolongée de pluie. Selon les cultivateurs, les rares pluies tombées en septembre et octobre n’ont pas suffi à nourrir les sols, laissant la terre assoiffée et aride. « Les pluies sont arrivées trop tard et en trop faible quantité », déplore Mme Ngalula. « Nous avons attendu en vain, espérant que la saison des pluies nous sauverait, mais les intempéries sont restées trop irrégulières pour pouvoir soutenir nos cultures. »

Ce phénomène d’irrégularité climatique, exacerbé par la prolongation de la saison sèche et des périodes de forte chaleur, n’est malheureusement pas un cas isolé dans cette partie du pays. Il s’inscrit dans un contexte plus large de changement climatique qui frappe la RDC et d’autres pays africains de manière dévastatrice. La communauté agricole, particulièrement les femmes, est en première ligne face à cette crise. Dans une région comme le Kasaï, où l’agriculture familiale représente la principale source de subsistance, les retards de semence et l’insécurité alimentaire sont des dangers imminents.

Les cultivateurs de la ville de Tshikapa, en particulier les femmes, redoutent que cette situation ne s’aggrave avec l’approche de la période critique de l’année, entre janvier et mars 2025. Si la production locale ne parvient pas à se stabiliser, une famine partielle pourrait s’installer, affectant des milliers de familles qui dépendent de la culture vivrière pour leur alimentation et leurs revenus. Une telle crise pourrait également provoquer une flambée des prix des produits de première nécessité, rendant l’accès à la nourriture encore plus difficile pour les populations déjà vulnérables.

Mme Ngalula et ses consœurs cultivatrices alertent ainsi non seulement sur les difficultés actuelles mais aussi sur l’absence de solutions immédiates. Les politiques publiques actuelles ne semblent pas suffisamment adaptées aux réalités du terrain. En l’absence de soutien concret en matière de techniques agricoles adaptées au changement climatique, de semences résistantes et de systèmes d’irrigation efficaces, la situation pourrait devenir encore plus précaire dans les mois à venir.

Par Tshikapa Emmanuel Tshingambu

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