Journée internationale des forêts : Greenpeace Africa et l’Université pédagogique nationale mobilisent la jeunesse à Kinshasa autour d’une nouvelle vision économique et durable des forêts congolaises

À Kinshasa, la Journée internationale des forêts n’a pas seulement donné lieu à une commémoration symbolique. Elle a ouvert un espace de confrontation d’idées où se croisent ambitions économiques, urgences climatiques et responsabilités générationnelles. À l’initiative de Greenpeace Africa, en partenariat avec Université pédagogique nationale, un panel consacré au thème « Forêt et économie » a réuni étudiants, enseignants et acteurs de la société civile autour d’une question devenue centrale pour l’avenir du pays.

Dans un contexte où la République démocratique du Congo concentre une part décisive du bassin forestier du Congo, les échanges ont rapidement dépassé le cadre académique. D’après nos recoupements, les interventions ont insisté sur une réalité désormais difficile à contourner : la forêt congolaise n’est plus uniquement un patrimoine écologique, elle est au cœur de tensions économiques et politiques croissantes. Entre exploitation des ressources, pression démographique et engagements climatiques internationaux, l’équation reste fragile.

Face à ces enjeux, les étudiants ont été placés au centre des discussions, non comme simples auditeurs, mais comme futurs acteurs d’un secteur en recomposition. Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité d’un engagement accru de la jeunesse, estimant que la durabilité des politiques forestières dépendra en grande partie de leur appropriation par les nouvelles générations. À en croire certaines analyses partagées lors du panel, la forêt constitue à la fois un levier de résilience climatique et une opportunité économique encore largement sous-exploitée, notamment pour les économies locales.

La présence de la rectrice Yvonne Bebeke Saila a donné une tonalité institutionnelle à la rencontre, sans en altérer la portée critique. Rappelant que la RDC abrite près de 62 % du bassin du Congo, deuxième massif forestier mondial après l’Amazonie, elle a replacé le pays dans les dynamiques globales de gouvernance environnementale. Dans son intervention, elle a mis en lumière les fragilités persistantes du secteur, évoquant notamment l’exploitation forestière illégale et les insuffisances de gouvernance qui continuent de fragiliser les écosystèmes.

L’université, a-t-elle insisté, doit rester un espace de production de savoirs utiles, capable d’alimenter des politiques publiques plus cohérentes. Elle a ainsi appelé les étudiants à investir la recherche scientifique sur les écosystèmes forestiers, à imaginer des modèles économiques innovants et à défendre une approche fondée sur la justice environnementale, en soutien aux communautés locales souvent en première ligne face aux pressions sur les terres.

Dans le même élan, Maître Willy, intervenant au nom de Action pour la Promotion et la Protection des Espèces Menacées, a proposé une lecture plus juridique de la problématique. Son analyse du cadre forestier congolais a mis en évidence un paradoxe persistant : des textes relativement avancés sur le papier, mais dont l’application reste inégale. Il a notamment évoqué les limites liées au respect des droits fonciers, à la participation effective des communautés et à la protection des peuples autochtones. Selon lui, sans un renforcement des mécanismes institutionnels, la gestion forestière risque de demeurer partielle et peu inclusive.

La dimension économique du débat a été approfondie par Georges Milumbu, qui a rappelé que la forêt congolaise représente un enjeu stratégique bien au-delà de la sphère environnementale. Dans un ton à la fois pédagogique et direct, il a exhorté les jeunes à porter cette question dans les espaces de décision, soulignant que préserver la forêt revient à sécuriser des perspectives économiques durables. Il a également mis en garde contre la surexploitation des ressources, appelant au maintien du moratoire sur l’exploitation forestière tant que les conditions d’une gouvernance transparente ne sont pas réunies.

Au-delà des discours, la journée a aussi pris une dimension symbolique. La plantation d’un arbre par la rectrice, suivie d’une visite d’exposition photographique consacrée à la richesse et aux fragilités des écosystèmes forestiers congolais, a offert un ancrage concret aux échanges. Ces images, selon des participants, rappelaient avec force que derrière les statistiques et les politiques se trouvent des territoires vivants, habités et souvent vulnérables.

La mobilisation de professeurs et d’organisations de la société civile a, par ailleurs, renforcé la qualité des discussions, traduisant une volonté partagée de décloisonner les approches. Car au fil des interventions, une idée s’est imposée : la gestion durable des forêts en RDC ne pourra se construire sans une convergence réelle entre savoirs académiques, cadres juridiques, engagements citoyens et réalités locales. À travers ce panel, Greenpeace Africa et l’Université pédagogique nationale ont ainsi posé les jalons d’un dialogue structurant, où la jeunesse apparaît comme un maillon décisif. Plus qu’une simple activité académique, la rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une relecture du rôle stratégique des forêts congolaises à l’heure des transitions écologiques et économiques.

Par Asani Musungayi

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