À l’issue de deux jours de formation intensive consacrée aux crédits carbone à Kinshasa, les organisateurs dressent un bilan jugé « très satisfaisant ». Cette rencontre a été marquée par une forte mobilisation d’acteurs issus de divers horizons ainsi que par une appropriation rapide d’un sujet encore émergent en République démocratique du Congo.
Organisée conjointement par le Cabinet LM Conseil et l’ONG Juristes pour l’Environnement au Congo (JUREC), cette session a mis l’accent sur les dimensions juridiques, économiques et fiscales du marché du carbone. Pendant deux jours, avocats, magistrats, gestionnaires de projets, enseignants universitaires et chercheurs ont échangé autour d’un objectif commun : comprendre les mécanismes des crédits carbone et les bases de leur encadrement en RDC.

Les discussions ont permis de poser des jalons essentiels, notamment sur les principes fondamentaux du marché carbone, le processus de création des crédits, ainsi que les enjeux liés à leur valorisation, leur fiscalité et leur régime de propriété. Une attention particulière a également été accordée aux normes internationales, aux mécanismes de certification et aux exigences de transparence.
Encore peu développé au niveau national, le marché du carbone suscite néanmoins un intérêt croissant à l’échelle internationale, dans le cadre des engagements climatiques mondiaux. Les participants ont, selon les organisateurs, acquis des connaissances significatives, avec un niveau d’assimilation jugé encourageant. L’atelier s’est distingué par la diversité de ses participants, venus non seulement de Kinshasa et de plusieurs provinces de la RDC, mais aussi de la République du Congo et d’Europe.

Intervenant lors de la clôture, Maître Félix Lilakako a salué la qualité des échanges et l’engagement des participants. Il a souligné la nécessité de structurer un noyau d’experts nationaux capables d’accompagner efficacement les pouvoirs publics, les investisseurs et les porteurs de projets dans le développement du marché carbone. Dans ce contexte, les juristes et magistrats sont appelés à jouer un rôle clé, notamment dans un environnement marqué par la mise en place progressive de juridictions financières et les réflexions en cours sur la création de juridictions spécialisées en matière environnementale en RDC.

Au-delà de leur rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique, les crédits carbone apparaissent aujourd’hui comme une véritable opportunité économique pour la RDC. Ils permettent de valoriser financièrement les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout en attirant des investissements verts. Selon Maître Félix Lilakako, ce mécanisme pourrait bénéficier directement aux communautés locales, en particulier celles vivant à proximité des forêts, à condition de mettre en place un cadre juridique clair, transparent et protecteur. Il a insisté sur la nécessité de garantir le consentement libre, préalable et éclairé des communautés, ainsi qu’un partage équitable des revenus issus des projets carbone.
Face aux inquiétudes liées à une possible exploitation abusive des ressources forestières sous couvert du marché carbone, il a rappelé que ce dispositif constitue avant tout une opportunité, à condition que les communautés soient bien organisées, accompagnées techniquement et pleinement impliquées dans les projets. Dans ce cas, le marché carbone pourrait devenir un véritable levier de développement durable local. Par ailleurs, les experts ont également évoqué l’importance pour la RDC de se doter rapidement d’un cadre réglementaire solide afin d’éviter les dérives, d’assurer la crédibilité des projets et de mieux capter les bénéfices économiques de ce secteur en pleine expansion.

Cette formation s’inscrit dans une ambition plus large portée par les organisateurs : renforcer l’accès à l’information environnementale, améliorer la gouvernance du secteur et outiller les acteurs appelés à intervenir dans ce domaine stratégique. À l’issue de l’atelier, les participants ont reçu des brevets attestant de leur participation et des compétences acquises, marquant une étape importante dans la professionnalisation des acteurs du marché carbone en RDC. En repartant, ils disposent désormais d’une meilleure compréhension des opportunités, des risques et des conditions d’investissement dans ce Afrique centrale.
Par Asani MUSUNGAYI