Lubumbashi, 23 septembre 2025 – Derrière l’abondance minérale du territoire de Malemba Nkulu, dans la province du Haut-Lomami, se cache une crise silencieuse : l’accès à l’eau potable. Alors que la société Mining Mineral Resources (MMR) poursuit l’extraction de cassitérite, coltan et wolframite, les villages environnants — Katondo, Manga, Songwe et même Malemba-Centre — font face à une raréfaction inquiétante de leur ressource la plus essentielle.
Les enquêtes de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) pointent des rejets acides issus des laveries minières de Kanunka et Katondo, qui se déversent dans la rivière Kalubwe, affluent des lacs Kibala et Songwe Ziba. Ces effluents acides modifient le pH de l’eau, dissolvent les métaux lourds naturellement présents dans les sols et favorisent leur accumulation dans la chaîne alimentaire. Les habitants rapportent la disparition du poisson « Vodo », une espèce clé pour la sécurité alimentaire locale, et l’on déplore déjà plusieurs décès liés à la consommation d’eau et de poissons contaminés.
Selon les experts en hydrologie, ce type de pollution peut rendre une rivière impropre à la consommation pendant des années, même après l’arrêt des activités industrielles, à moins de recourir à des traitements coûteux comme la neutralisation à la chaux ou la filtration par bio-réacteurs.
Le Code minier congolais de 2018 impose pourtant une « dotation de 0,3 % du chiffre d’affaires » destinée aux projets communautaires, notamment l’accès à l’eau potable. L’audit de la Cour des comptes de juin 2025 confirme que MMR n’a jamais versé cette contribution, privant les villages d’un financement crucial pour des infrastructures hydrauliques.
« La vie humaine et un environnement sain ne sont pas négociables », rappelle Hubert Tshiswaka, directeur de l’IRDH. Il plaide pour une médiation juridique encadrée afin de contraindre l’entreprise à financer l’approvisionnement en eau, réparer les dommages écologiques et indemniser les familles endeuillées. Au-delà de l’urgence humanitaire, cette crise pourrait devenir un levier d’innovation. Des ingénieurs locaux proposent déjà l’installation de stations de traitement à filtration membranaire, alimentées par l’énergie solaire, capables de potabiliser l’eau des puits existants. Ces solutions, associées à un suivi indépendant de la qualité de l’eau, permettraient de sécuriser durablement l’approvisionnement tout en créant des emplois qualifiés.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement congolais, invité à faire respecter la loi et à soutenir la mise en place de technologies de dépollution. Pour Malemba Nkulu, l’accès à l’eau n’est pas seulement un droit : c’est la condition de survie d’un territoire riche en minerais, mais qui réclame avant tout le respect de la vie.
Par kilalopress