Graben Tanganyika : la RDC et la Tanzanie creusent le saccage au nom du pétrole

Le 8 juillet 2025, dans un climat diplomatique soigneusement chorégraphié, le ministre congolais des Hydrocarbures, Aimé Sakombi Molendo, et son homologue tanzanien, le Dr Doto Biteko, ont affiché leur volonté de renforcer la coopération bilatérale autour du Graben Tanganyika. Ce bassin pétrolier transfrontalier, perçu comme une promesse énergétique, est désormais au cœur d’une stratégie régionale centrée sur le transport et la valorisation des hydrocarbures.

Les deux ministres ont notamment mis en avant la relance du corridor Dar-es-Salaam–Ndola–Sakania, et l’intégration au méga-oléoduc Hoima-Tanga, destiné à drainer le pétrole brut congolais jusqu’aux ports tanzaniens. Mais derrière le vernis technocratique et les discours de « transition énergétique inclusive », ce projet incarne une dérive brutale et systémique des politiques congolaises en matière de ressources naturelles. Ce n’est pas une avancée énergétique, mais une capitulation, une fuite en avant vers un extractivisme féroce, qui foule aux pieds les garanties constitutionnelles, les lois environnementales, et les équilibres écologiques les plus vitaux.

Le Graben Tanganyika n’est pas une zone neutre. Il est constitué d’écosystèmes transfrontaliers d’une sensibilité extrême, alimentés par le lac Tanganyika, source d’eau, de vie et de subsistance pour des millions de personnes. Lancer des activités pétrolières dans cette région sans une transparence absolue, sans consultation réelle des populations, sans évaluation environnementale indépendante, constitue une faute politique et une irresponsabilité technique d’une gravité inqualifiable. En RDC, les études d’impact environnemental sont trop souvent cosmétiques, parfois rédigées sur mesure pour servir des intérêts privés ou politiques.

La loi n°15/012 du 1er août 2015, qui encadre le régime général des hydrocarbures, n’autorise pas l’État à faire abstraction des autres textes en vigueur. Elle impose des garde-fous techniques, sociaux et environnementaux. Ces garde-fous deviennent inopérants dès lors qu’on les contourne sous couvert de « coopération stratégique ». Or, le droit congolais est sans ambiguïté : la Constitution (article 9) affirme la souveraineté de l’État sur les ressources naturelles, mais impose aussi le partage équitable des bénéfices avec les communautés locales. La loi sur la protection de l’environnement (n°11/009) et la loi sur la conservation de la nature (n°14/003) interdisent l’implantation de projets extractifs dans les zones protégées ou sensibles, ce qui est pourtant envisagé aujourd’hui dans le Graben Tanganyika et ailleurs.

À cet égard, la déclaration récente de la coalition Notre Terre sans pétrole apporte un éclairage accablant sur l’ampleur du désastre en cours. Regroupant 176 organisations congolaises et internationales, la coalition a dénoncé, dans un communiqué du 2 mai 2025, l’ouverture de 52 nouveaux blocs pétroliers dans le bassin du Congo par le gouvernement congolais. La relance d’activités pétrolières dans la cuvette centrale, zone écologique vitale, est dénoncée comme une décision intolérable, en contradiction frontale avec les engagements de la RDC en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

Et cette dérive ne se limite pas au territoire congolais. Comme le rapporte la tribune de Babawale Obayanju, stratège de campagne pour Oil Change International dans une correspondance adresser a KilaloPress publier dans son article du 5 juillet 2025, deux zones sont devenues les épicentres de cette ruée vers l’or noir : la cuvette centrale et le Albertine Graben, à la frontière entre la RDC, l’Ouganda et le Sud-Soudan. Côté ougandais, les multinationales TotalEnergies et CNOOC exploitent déjà les champs de Tilenga et Kingfisher, reliés au méga-oléoduc EACOP (East African Crude Oil Pipeline), un projet désastreux qui traverse des zones protégées jusqu’à la côte tanzanienne, menaçant la biodiversité et les écosystèmes forestiers sur des centaines de kilomètres. Le développement des blocs congolais sera vraisemblablement dépendant de cette infrastructure, liant ainsi le destin environnemental de la RDC à un projet international massivement contesté.

Cette dynamique n’apportera ni développement durable ni bénéfices aux population . Toujours selon differentes sources de kilalopress s’exclame madame Armelle KATEMBERA de l’organisation Celebrons le courage de la femme CCF en RDC, selon cette derniere: au lieu de stimuler les économies locales, ces projets renforcent surtout l’endettement public, l’accaparement des terres, les inégalités sociales, et l’effondrement écologique. Dans un pays où 23,4 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire et où plus de 7 millions sont déplacées par les conflits, miser encore sur les énergies fossiles revient à entretenir un cycle toxique de violence, de pauvreté et d’injustice. Les femmes et les enfants en paient le prix le plus lourd : les données des Nations unies révèlent une augmentation de 30 % des violations graves contre les enfants au premier trimestre 2024. Dans un tel contexte, où l’urgence humanitaire et climatique se confondent, continuer à accorder des blocs pétroliers relève du mépris le plus total pour la vie humaine et pour les générations futures.

La RDC n’est pas un terrain vague pour les ambitions extractives internationales. C’est un territoire de dignité, de résistance et de vie, comme le souligne la responsable de CCF. Il est urgent d’écouter la société civile, les scientifiques, les peuples autochtones. Le Code forestier congolais, pourtant clair, exige la protection des forêts classées et interdit leur exploitation sans décret présidentiel. Les zones humides, les forêts de galerie, les bassins versants ne sont pas des options économiques : ce sont des garanties vitales pour la stabilité climatique, hydrique et alimentaire de toute l’Afrique centrale.

Ce qui est présenté comme un succès diplomatique entre Kinshasa et Dodoma est en réalité une stratégie de destruction méthodique, menée au mépris des équilibres naturels, des droits humains et du droit international. Le comité technique conjoint annoncé ne servira à rien s’il n’intègre pas des garanties juridiques contraignantes pour la protection de l’environnement et la participation des populations. La RDC, en cédant aux sirènes du pétrole dans ses dernières zones vierges, compromet profondément sa légitimité internationale dans la lutte climatique. Il faut rompre avec cette trajectoire suicidaire. Le monde doit choisir : continuer à sacrifier les forêts africaines pour quelques années de profit, ou protéger ce qui reste – pour ceux qui sont là, et pour ceux qui viendront.

Par Franck zongwe lukama

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