Kinshasa, 2 octobre 2025 – La mini-session du Tribunal Permanent des Peuples (TPP) consacrée à la République démocratique du Congo s’est achevée ce jeudi à Kinshasa, après deux jours d’audiences où se sont relayés juristes, experts, organisations de la société civile et communautés locales venues témoigner des violations liées aux industries extractives. Point d’orgue de ces travaux : la présentation de l’acte d’accusation des communautés de Kinkanzi, Tshende et Kitombe, situées dans le territoire de Muanda (Kongo-Central), contre la société pétrolière Perenco et l’État congolais.
Au cours des délibérations, les jurés citoyens et les rapporteurs ont rappelé la gravité des faits documentés : pollution chronique des sols et des eaux, disparition de la biodiversité, maladies respiratoires et cancers liés aux hydrocarbures, inondations causées par des infrastructures pétrolières mal planifiées, déplacements forcés de populations et perte d’accès aux forêts et terres agricoles. Ces violations cumulées, selon le TPP, traduisent un « extractivisme destructeur » qui bafoue les droits fondamentaux à un environnement sain, à la santé, à la sécurité alimentaire et à l’information.

La session de Kinshasa a également souligné les manquements structurels de l’État congolais : absence de mécanismes de compensation équitable, complicité par le silence ou l’inaction face aux abus, et incapacité de l’appareil judiciaire à garantir aux communautés un accès effectif à la justice. « Ce tribunal d’opinion n’a pas vocation à se substituer à la justice nationale, mais il envoie un message fort : l’impunité n’est plus acceptable », a insisté la coordination du processus.
À l’issue des travaux, le jury citoyen a retenu plusieurs recommandations :
- Reconnaissance par le TPP de la responsabilité de Perenco-Rep et de l’État congolais dans les violations dénoncées ;
- Exigence de mesures urgentes de restauration environnementale et de réparation des préjudices subis par les populations de Muanda ;
- Appel à la communauté internationale, aux bailleurs et aux institutions régionales africaines pour soutenir les communautés dans leur quête de justice environnementale et sociale.
Au-delà du cas de Muanda, la clôture de la mini-session a élargi le débat aux autres provinces extractives, notamment le Katanga, où des abus similaires persistent. Elle a mis en lumière la nécessité d’un modèle de développement respectueux des droits des peuples et de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles.
Le rapport final, accompagné de l’acte d’accusation, sera transmis à la grande session nationale du TPP-RDC prévue dans les prochains mois. Pour les communautés, cette perspective nourrit l’espoir que leurs voix, longtemps marginalisées, deviennent désormais centrales dans les débats sur l’avenir du pays.
« Ce que nous demandons, c’est la dignité. Que nos enfants puissent vivre sans peur de l’eau qu’ils boivent, de l’air qu’ils respirent ou de la terre qu’ils cultivent », a déclaré, ému, Adoré Makoso, représentant des habitants de Tshende.

La clôture de cette mini-session marque ainsi une étape symbolique mais cruciale : celle où la souffrance des communautés locales se transforme en acte politique et en plaidoyer citoyen, posant les jalons d’une lutte contre l’extractivisme sauvage en RDC. signallons que ce tribunal a été organisé par la Coalition des Organisations de la Société Civile pour le Suivi des Réformes et de l’Action Publique (CORAP), avec l’appui de ses partenaires nationaux et internationaux, qui entendent poursuivre l’accompagnement des communautés dans leur quête de justice et de dignité.
Par kilalopress