Équateur : la forêt périphérique de Mbandaka face à la raréfaction des pangolins et à l’érosion de sa biodiversité

Mbandaka, 18 mars 2026 – Dans les lisières forestières de Mbandaka, au cœur de la province de l’Équateur, la présence des pangolins se fait de plus en plus rare, au point que les efforts de capture menés par les chasseurs locaux se soldent presque systématiquement par un échec. « Toutes les chasses menées pour la capture des pangolins dans cette zone périphérique sont infructueuses ; pourtant, jadis, elle était le repère de ces animaux », confie Jules Beele, chasseur originaire du village Djombo.

Selon des témoignages recueillis auprès des communautés pygmées, cette raréfaction n’est pas un phénomène isolé. « De plus en plus, les animaux de proximité disparaissent. Les pangolins étaient des animaux facilement capturables, car ils vivaient loin des habitations. Ils grimpaient dans les palmeraies nuit et jour et étaient perceptibles dans les plantations de cacao et de café. Nous savions les attraper même dans l’obscurité. Aujourd’hui, ils sont rares et introuvables », rapporte Papy, habitant du village Wangata.

Au-delà du simple constat de disparition, ce déclin faunique pèse directement sur la vie villageoise. Seba Lokwa, passionné de la forêt et des activités de chasse, souligne que la raréfaction du gibier a profondément modifié les pratiques alimentaires et sociales : « La majorité des milieux villageois souffre de famine par manque de poissons et de gibiers. Les pangolins étaient, pour nous, des animaux de “chasse rapide”, facilement repérables derrière les maisons ou dans les forêts proches. Aujourd’hui, cette ressource nous échappe. »

Les causes de ce phénomène sont multiples et intimement liées aux usages humains de la forêt. Jean Pierre Mambe, habitant du village Kolikoli, évoque en premier lieu la pratique de l’incinération des champs et des brousses : « Cette culture de brûlis reste l’une des causes principales de la disparition de ces animaux de proximité. S’y ajoute la pression sur les ressources alimentaires, qui détourne la population de toute attention portée à la protection de la faune. »

Il note également que cette raréfaction ne se limite pas aux pangolins. « On observe la même tendance chez les rats des brousses et les écureuils, animaux jadis habitués à coexister avec les humains. La forêt équatoriale de notre zone semble aujourd’hui dénaturée par l’exploitation excessive. Ces changements nous interrogent sur l’avenir de la forêt et de sa faune », estime-t-il.

D’après nos recoupements, l’exploitation illicite de la forêt et le bruit des engins roulants – motos et camions – accentuent cette raréfaction, perturbant durablement les habitats naturels et les équilibres écologiques. Les populations locales, dont la subsistance dépend largement des ressources de la forêt, se trouvent ainsi confrontées à une double menace : l’érosion de leur patrimoine naturel et l’insécurité alimentaire qui en découle.

Cette situation invite à réfléchir aux stratégies de préservation adaptées à l’Équateur, où la protection des espèces emblématiques comme le pangolin pourrait devenir un levier de résilience écologique et socio-économique pour les communautés villageoises. À Mbandaka, le défi est désormais de réconcilier les usages traditionnels de la forêt avec la nécessité impérieuse de sauvegarder sa biodiversité.

Par kilalopress

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