Kinshasa — En marge de la deuxième journée de l’atelier national de la société civile sur le Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK), tenu à Kinshasa depuis le 07 octobre, les discussions ont pris une tournure plus technique et scientifique. Derrière cette ambition d’un projet phare de développement durable reliant l’est à l’ouest du pays, se dessine une question de fond : comment concilier justice territoriale, durabilité des ressources naturelles et participation communautaire dans un pays marqué par de profondes disparités régionales ?
Lors de sa présentation, le professeur Kabata Kabamba, évoquant le Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK) face aux autres réformes en cours, a rappelé les fondements juridiques et environnementaux qui encadrent ce projet. Selon lui, le CVKK ne saurait être une initiative isolée : il doit s’inscrire dans une planification cohérente du territoire national, fondée sur des données socio-culturelles, économiques et environnementales solides. « On ne peut pas parler d’aménagement durable sans comprendre le tissu social et les réalités locales », a-t-il insisté.
Kabata Kabamba a rappelé que la politique nationale d’aménagement du territoire repose sur plusieurs principes, parmi lesquels la justice territoriale et la durabilité des ressources naturelles apparaissent comme essentiels pour le CVKK. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de tracer une route écologique reliant des provinces, mais de garantir une répartition équitable des terres, des bénéfices et des responsabilités.
À ce sujet, le décret encadrant le CVKK précise que le projet « ne modifie ni ne purge aucun droit », imposant donc l’obligation du consentement des communautés locales avant toute mise en œuvre. Cette exigence juridique met en lumière une réalité souvent négligée : l’aménagement du territoire ne peut être durable que s’il est inclusif et participatif.
Sur le plan technique, les défis restent considérables. Le premier, selon l’expert, est la nécessité d’un corpus d’études préalables sur les aspects écologiques et socio-économiques des zones concernées. Sans ces études, le risque est grand de créer des déséquilibres territoriaux, voire d’aggraver les tensions locales. Le second défi réside dans la synchronisation des objectifs du CVKK à travers la diversité écologique, culturelle et politique des neuf provinces concernées et des 162 plans locaux identifiés. Enfin, la mise en place d’un système d’information foncière fiable apparaît comme une condition essentielle pour sécuriser les terres communautaires et prévenir les conflits d’affectation.

Pour surmonter ces obstacles, plusieurs pistes ont été suggérées : intensifier la sensibilisation communautaire dans les provinces concernées, engager un règlement transparent des conflits fonciers et d’affectation, et affiner le zonage local dans les plans simples et provinciaux.
L’expert a également insisté sur la complémentarité ville-campagne, rappelant que les zones rurales restent le moteur de l’approvisionnement des grandes villes comme Kinshasa, Kisangani, Beni, Butembo ou Bandaka. « Les villes doivent cesser d’être des pôles d’attraction désorganisés et devenir des partenaires dans une relation équilibrée avec leurs campagnes », a-t-il souligné.
Le CVKK se présente donc comme un chantier national à la fois prometteur et complexe. Entre ambitions écologiques, impératifs économiques et réalités sociales, son succès dépendra de la capacité des autorités à concilier planification scientifique et écoute communautaire.
Car si le couloir vert se veut un symbole de durabilité, il pourrait aussi devenir, faute d’équilibre, le miroir des inégalités territoriales que la République démocratique du Congo tente depuis des décennies de corriger. En définitive, pour cet expert en aménagement du territoire le projet interpelle autant qu’il inspire. Le CVKK n’est pas seulement une route verte ; il est un test grandeur nature de la gouvernance environnementale du pays — un test où les mots “justice territoriale” et “consentement communautaire” devront passer de la théorie à la pratique.
Par kilalopress