La deuxième journée de l’atelier national de la société civile sur le Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK) a été marquée par des débats houleux, mettant en lumière la complexité juridique et les enjeux socio-économiques liés à cette initiative de conservation et de développement durable. Juristes, écologistes et acteurs communautaires se sont succédé pour éclairer la nature juridique du CVKK et ses implications pour les populations locales.
Au cœur des discussions, la question de la classification du CVKK a provoqué des divergences notables. Selon les textes en vigueur, notamment la loi sur la conservation de la nature et ses révisions de décembre de l’année dernière, le CVKK est défini comme une « aire protégée à vocation communautaire ». Or, plusieurs intervenants ont souligné que ce concept ne peut être assimilé à la catégorie de « réserve communautaire », malgré une similitude apparente dans la terminologie. Juridiquement, une « aire protégée à vocation communautaire » n’est pas une sous-catégorie de réserve communautaire, et aucune disposition de l’article 12 de la loi ne prévoit cette relation.
David Musungay de la corap a insisté sur le fait que, malgré la théorie de la domanialité publique de l’État, la gestion du CVKK soulève des interrogations sur les exceptions applicables. « Est-ce des exceptions structurelles, matérielles ou organiques ? » s’interroge-t-il, en soulignant que ces aspects doivent être clarifiés afin d’éviter toute ambiguïté dans la gestion des ressources appartenant aux communautés locales. L’absence de précisions dans la loi actuelle laisse un vide juridique, notamment sur le rôle de l’ICCN (Institut Congolais pour la Conservation de la Nature) dans la gestion et la supervision de ces aires protégées.
Plusieurs participants ont également abordé l’impact du CVKK sur le développement économique local. L’atelier a mis en évidence les tensions entre la préservation environnementale et les activités industrielles existantes, notamment dans le secteur minier et pétrolier. Des permis de recherche et d’exploitation sont déjà en place dans la zone, représentant des investissements significatifs. Selon Emmanuel Musuyu, secrétaire exécutif de la CORAP, « transformer ces aires protégées en zones strictement vertes sans plan de compensation ou de réorientation des activités industrielles pourrait générer des conflits et compromettre les droits acquis ».
La dimension communautaire du CVKK a été abordée avec une attention particulière. Les participants ont insisté sur le rôle central des communautés dans la gestion et la valorisation des ressources naturelles. La création de CFCL (Concession Forestière de Communauté Locale ) est perçue comme un outil potentiel de développement socio-économique, mais son efficacité dépend largement de l’accompagnement institutionnel et financier. Sans accès au crédit ou aux facilités fiscales adaptées, ces communautés risquent de rester bénéficiaires passifs plutôt qu’actrices économiques pleinement intégrées.

Plusieurs modèles de développement local, tels que l’éco-tourisme à Mbomontour, ont été cités comme exemples de réussite où les communautés tirent des revenus durables tout en contribuant à la conservation de leur environnement. Néanmoins, les intervenants ont rappelé que la réussite de telles initiatives repose avant tout sur l’engagement communautaire et la mise en place de plans simples de gestion adaptables au contexte local.
En conclusion, si la création du CVKK est saluée comme une avancée pour la conservation et le développement durable, des zones d’ombre persistent. Les ambiguïtés juridiques, la coexistence avec les activités industrielles existantes et la capacité des communautés à transformer leurs droits en leviers économiques restent des questions ouvertes. L’atelier a néanmoins permis de poser les bases d’une réflexion approfondie sur ces enjeux, en mettant en évidence la nécessité d’une clarification légale et d’un soutien structuré aux initiatives locales, sans préjuger des décisions politiques à venir.
Par kilalopress