À Beni, des opérateurs économiques et des agents de l’environnement accusent la coordination provinciale, récemment délocalisée, de pratiques de recouvrement jugées abusives, de marginalisation administrative et de recrutements présumés irréguliers, malgré une interdiction ministérielle en vigueur depuis 2023. Ces dénonciations, formulées ces derniers mois dans un contexte sécuritaire et économique fragile, sont contestées par la coordination provinciale, qui affirme respecter strictement les textes en vigueur.
À Beni, l’installation de la coordination provinciale de l’environnement, décidée dans l’urgence après la prise de Goma, devait répondre à une contrainte administrative et sécuritaire. Quelques mois plus tard, cette relocalisation alimente pourtant une controverse persistante, faite d’accusations de tracasseries, de soupçons de gestion opaque et de tensions internes au sein même de l’administration environnementale, selon des témoignages concordants recueillis sur place.
Dans cette ville déjà éprouvée par l’insécurité chronique et la fragilisation du tissu économique, plusieurs opérateurs disent subir une pression accrue depuis l’arrivée des services provinciaux. D’après nos recoupements, les critiques portent principalement sur le recouvrement des taxes environnementales, jugé par certains acteurs économiques comme désordonné et peu lisible. Des perceptions qualifiées d’excessives seraient imposées sans explications détaillées sur leur fondement légal ou leur destination, créant un climat d’incompréhension et de méfiance. « On ne sait plus très bien ce qu’on paye ni pourquoi. Les agents se succèdent et les montants varient », confie un commerçant local, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. Ces pratiques alléguées toucheraient surtout des activités déjà affaiblies par le contexte sécuritaire et les perturbations économiques régionales.
Au-delà des plaintes émanant du secteur privé, un malaise plus structurel semble traverser l’administration environnementale locale. Selon plusieurs sources internes, la coordination urbaine de Beni se sentirait progressivement reléguée à un rôle secondaire, au profit d’une gestion centralisée par la coordination provinciale. Des agents urbains évoquent une marginalisation de leur bureau, désormais peu associé aux décisions et aux activités quotidiennes. Cette mise à l’écart, si elle se confirmait, contribuerait à une confusion des rôles et à des tensions hiérarchiques, dans un service censé fonctionner sur la complémentarité entre niveaux provincial et urbain.
À ces griefs s’ajoutent des accusations jugées particulièrement sensibles : celles de recrutements effectués en dehors de tout cadre légal. Des agents locaux affirment que de nouveaux engagements auraient été réalisés, parfois contre rémunération, alors même qu’une note circulaire du ministère de tutelle interdit formellement tout recrutement depuis 2023. D’après certaines analyses internes, ces pratiques supposées auraient pour effet immédiat de placer de nouveaux agents dans une situation de précarité, sans salaire officiel ni statut clair, alimentant frustrations et soupçons de dérives au sein du service public environnemental.
La coordination provinciale, de son côté, a déjà eu à répondre à des dénonciations similaires par le passé. Elle avait alors rejeté en bloc ces accusations, affirmant se conformer strictement aux instructions ministérielles et rappelant qu’elle ne dispose d’aucune prérogative en matière de recrutement. Elle invitait également les personnes s’estimant lésées ou mal informées à se rendre directement dans ses bureaux pour obtenir des éclaircissements, évoquant de possibles « confusions » dans la compréhension des procédures administratives.
La persistance des plaintes, aujourd’hui relayées tant par des opérateurs économiques que par des agents de terrain, interroge toutefois sur la gouvernance effective du secteur environnemental dans ce contexte de relocalisation forcée. À Beni, où la pression sur les ressources naturelles se conjugue à des enjeux sécuritaires et sociaux majeurs, l’administration de l’environnement joue un rôle stratégique, à la fois fiscal, régulateur et protecteur des écosystèmes. Pour de nombreux observateurs, seule une clarification des procédures, accompagnée de mécanismes de transparence et de contrôle, permettra de dissiper les soupçons et de restaurer la confiance entre l’État, ses agents et les populations locales, déjà éprouvées par des années de crises successives.
Par kilalopress