La suspension de l’exploitation du bois et du charbon dans la zone rurale de Mayangose, près du Parc national des Virunga (PNVi), décidée par le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Kakule Somo Évariste, apparaît comme un pansement posé sur une plaie béante. En réalité, cette mesure provisoire ne résout en rien la violence systématique que subissent les communautés rurales aux abords du parc, livrées à l’arbitraire des éco-gardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).
La colère est née de la destruction brutale de plus de 20 hectares de champs vivriers par les gardes du parc, sur l’axe Beni-Kasindi. Pour les victimes, ces actes ne sont rien d’autre qu’un « deuxième massacre », un rappel douloureux des drames qui ensanglantent depuis des décennies la région de Beni. Dans une zone marquée par l’insécurité, où les populations survivent déjà dans la peur et la précarité, la perte de leurs champs équivaut à une condamnation à la famine.
Le chef coutumier des villages Bapakombe-Bakondo, le Mwami Atsu Taibo Alphonse, a confirmé la suspension des activités forestières par l’autorité provinciale, précisant toutefois que l’agriculture pouvait continuer « en attendant d’autres mesures ». Mais cette décision, communiquée le 30 septembre 2025, ne fait que repousser le problème sans s’attaquer aux causes réelles : la criminalisation des paysans au nom de la conservation, et la complicité passive des autorités face à ces abus.

La question qui fâche est simple : pourquoi protéger la biodiversité au prix de la vie humaine ? Le Parc des Virunga, patrimoine mondial de l’UNESCO, est une richesse planétaire. Mais derrière le discours de la conservation se cache une logique d’exclusion, où les communautés riveraines sont traitées comme des intrus sur leurs propres terres ancestrales. On sacrifie des familles entières au nom de la « protection de la nature », alors même qu’aucune alternative économique crédible ne leur est proposée.
À Mayangose, ce sont des mères, des pères et des enfants qui paient le prix fort. Leur seul tort : cultiver la terre pour survivre. Détruire leurs champs, c’est condamner ces familles à la faim, tout en jetant de l’huile sur le feu d’une région déjà meurtrie par les groupes armés et l’abandon de l’État.
Il est urgent de le dire sans détour : l’ICCN ne peut continuer à agir en toute impunité, comme un État dans l’État, avec des méthodes militarisées qui rappellent davantage la répression que la gestion durable. La protection du Parc des Virunga ne peut se faire au détriment des droits humains fondamentaux. Tant que les autorités congolaises n’imposeront pas un cadre clair de respect des populations et n’offriront pas de solutions alternatives aux communautés dépendantes des ressources forestières, ces tensions ne feront que s’aggraver. Mayangose est aujourd’hui le symbole d’une contradiction profonde : on brandit la bannière verte de la conservation pour masquer une réalité noire faite d’injustices sociales, de violences et de famine organisée.
Par kilalopress