Bassin du Congo : un trésor forestier sous-financé, un appel à repenser la recherche et la mobilisation des financements

Le Professeur Lee White alerte sur le manque de financement et d’études scientifiques du bassin du Congo. Cette situation, constatée entre 2008 et 2021, limite les programmes de conservation à grande échelle.

Le bassin du Congo, avec son étendue ininterrompue de forêts tropicales, constitue avec l’Amazonie l’un des deux poumons verts majeurs de la planète. Pourtant, selon le Professeur Lee White, biologiste et ancien ministre des Eaux et Forêts du Gabon, cette région reste largement marginalisée tant sur le plan scientifique que financier. Dans une publication sur LinkedIn, il pointe une disparité frappante : « le bassin du Congo et l’Amazonie forment ensemble le cœur vert vivant de notre planète. Pourtant, le bassin du Congo reste bien moins étudié, bien moins doté de ressources et bien moins compris. » Pour étayer ce constat, il cite le nombre de chercheurs actifs : un peu plus de 100 spécialistes environnementaux dans le bassin du Congo, contre plus de 6 000 en Amazonie.

Cette inégalité se reflète également dans l’accès aux financements internationaux. Entre 2008 et 2017, seulement 11,5 % des flux financiers mondiaux dédiés à la protection et à la gestion durable des forêts tropicales ont été dirigés vers le bassin du Congo, loin derrière l’Asie du Sud-Est (55 %) et l’Amazonie (34 %). En 2021, une nouvelle redistribution des fonds mondiaux dédiés à la conservation des forêts tropicales a encore accentué ce déséquilibre, compliquant la mise en œuvre de programmes de grande envergure sur le terrain.

Pour le Docteur Richard Sufo Kankeu, coordinateur scientifique du Programme RESSAC (Recherche appliquée en écologie et sciences sociales), cette situation s’explique en partie par des contraintes internes. « Les difficultés liées à l’accès aux financements verts sont dues à la faiblesse de la mise en place des projets au sein de la sous-région », précise-t-il, citant des études menées en 2018 par le CIFOR-ICRAF et réitérées en 2022. Selon lui, l’incapacité des chercheurs locaux à concevoir des projets financièrement soutenables constitue un frein majeur.

Au-delà des compétences techniques, c’est la fragilité des institutions qui semble peser sur l’absorption des fonds internationaux. « Le gros souci au niveau de l’accueil des financements en Afrique centrale tient à la structure insuffisamment solide de nos institutions pour gérer ces ressources », ajoute le Docteur Sufo Kankeu. Cette explication apporte un éclairage partiel sur la préoccupation soulevée par le Professeur White, mais elle ne rend pas compte de l’ensemble des enjeux. La recherche scientifique, en Afrique centrale, s’inscrit dans un contexte géopolitique et stratégique mondial qui conditionne fortement l’intérêt et les investissements internationaux.

Certains experts suggèrent que l’Afrique, et en particulier les pays du bassin du Congo, gagneraient à repenser leurs priorités. Il s’agirait de consolider des politiques de recherche et développement et d’élaborer des stratégies permettant de mieux mobiliser les financements pour la science environnementale. Un tel alignement offrirait la possibilité de dépasser une approche souvent perçue comme uniquement demandeuse lors des COPs et autres instances internationales, pour favoriser des partenariats basés sur des bénéfices mutuels. Selon plusieurs observateurs, c’est précisément cette vision stratégique qui fait défaut aujourd’hui, limitant la capacité de la région à valoriser son rôle central dans la préservation du climat global.

Par kilalopress

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