Dans la vallée de Nyabili, au cœur du territoire de Lubero, l’or attire désormais plus que la terre ne nourrit. Là où s’étendaient encore récemment des champs réputés pour leur fertilité, les sols sont aujourd’hui éventrés par une ruée artisanale qui progresse sans véritable contrôle, selon des sources locales. Cette transformation brutale du paysage agricole inquiète le Syndicat de défense des intérêts paysans (SYDIP), qui alerte sur une dégradation accélérée des terres dans la zone de santé de Masereka, à un moment particulièrement critique pour les communautés rurales.
Le signal d’alarme intervient dans un contexte déjà lourd, marqué à la fois par l’insécurité persistante et par une fragilisation croissante de l’accès à l’alimentation. D’après nos sources effectués par le syndicat, des creuseurs artisanaux, attirés par la perspective de l’or, investissent des espaces agricoles jadis très productifs, bouleversant l’équilibre fragile entre subsistance paysanne et exploitation des ressources naturelles. Les sillons laissés par les cultures vivrières cèdent la place à des excavations improvisées, rendant les sols impropres à toute reprise agricole à court terme, estiment des observateurs du secteur.
Ce glissement progressif de la terre nourricière vers une exploitation minière informelle n’est pas sans conséquences humaines. Dans ce territoire où l’agriculture constitue le principal filet de sécurité économique et alimentaire, la disparition des champs se traduit par une pression accrue sur les ménages déjà vulnérables. À en croire certaines analyses locales, la perte de ces terres compromet directement les efforts entrepris pour relancer la production agricole et réduire la dépendance à des approvisionnements extérieurs de plus en plus incertains.
C’est dans ce climat tendu que le secrétaire général du SYDIP, Sage Masinda, a pris la parole lors d’une interview accordée au cours du mois de janvier. Sans détour, il a dénoncé la poursuite de ces activités minières artisanales sur des terres agricoles, qualifiant la situation de menace directe pour la sécurité alimentaire locale. Tout en rappelant le caractère historiquement productif de la vallée de Nyabili, il a exhorté les autorités territoriales et provinciales à intervenir en urgence afin de mettre un terme à ces pratiques et de protéger ce qui reste des espaces cultivables.
Au-delà de l’appel syndical, la situation de Nyabili pose une question plus large sur la gestion des ressources naturelles dans l’est de la République démocratique du Congo. Entre exploitation artisanale de l’or et survie agricole, l’arbitrage se fait aujourd’hui au détriment des paysans, confient des acteurs locaux. Faute d’une réponse rapide et structurée des pouvoirs publics, la vallée risque de devenir le symbole d’un paradoxe de plus : une richesse du sous-sol exploitée au prix d’une insécurité alimentaire accrue en surface, dans une région qui n’a pourtant jamais cessé de nourrir ses habitants.
Par kilalopress