À Mbanza-Ngungu, la RDC renforce son bouclier phytosanitaire face aux ravageurs qui menacent les cultures et la sécurité alimentaire

À Mbanza-Ngungu, au cœur du Kongo central, la question phytosanitaire s’est invitée au premier plan cette semaine, loin des discours abstraits et au plus près des réalités agricoles du pays. Depuis mardi, dans la cité de Kola, des cadres du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, aux côtés d’experts issus du système des Nations unies, prennent part à une session de formation consacrée aux principaux organismes nuisibles qui affectent les cultures en République démocratique du Congo.

L’atelier a été officiellement lancé par Cishugi Murhula Justin, directeur de la protection des végétaux au ministère de l’Agriculture, dans un contexte où la santé des plantes apparaît de plus en plus comme un enjeu stratégique pour la sécurité alimentaire nationale. Lors de son intervention inaugurale, le responsable a tenu à rappeler un constat souvent relégué à l’arrière-plan des politiques publiques : les plantes ne sont pas seulement des ressources économiques, mais une base vitale de l’équilibre écologique et alimentaire. Elles fournissent l’oxygène, nourrissent la majorité des animaux consommés et constituent, pour des millions de Congolais, la principale source de subsistance. À en croire ses explications, lorsque les végétaux sont attaqués par des maladies ou des ravageurs, les conséquences dépassent largement la sphère agricole. Elles se traduisent par des pénuries alimentaires et fragilisent des communautés déjà vulnérables. Sur le plan commercial, a-t-il indiqué, les dégâts liés aux organismes nuisibles engendrent des pertes estimées à 220 milliards de dollars américains, un chiffre qui, selon des observateurs du secteur, illustre l’ampleur d’un phénomène encore sous-estimé dans le débat public.

Pendant cinq jours, du 3 au 7 février, les participants se penchent sur neuf organismes nuisibles considérés comme prioritaires dans le cadre de l’initiative de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). Il s’agit notamment de la chenille légionnaire d’automne, de la nécrose létale du maïs, de la pandémie virale du manioc, des mouches des fruits, de la maladie du sommet touffu du bananier, de la maladie de Panama, de la trachéomycose du caféier, de la pourriture brune des cabosses et de la capside du cacaoyer. D’après les organisateurs, ces ravageurs et maladies concentrent une part importante des pertes agricoles enregistrées en RDC, affectant aussi bien les cultures vivrières que les filières d’exportation.

Au-delà de l’énumération des menaces, la formation vise surtout à renforcer les capacités opérationnelles des experts nationaux. Les échanges portent sur la mise en place de systèmes de surveillance efficaces, la détection et le diagnostic précis de la chenille légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda) et du Banana bunchy top virus (BBTV), ainsi que sur l’instauration de mécanismes de suivi permanent des organismes nuisibles des cultures. Une attention particulière est accordée à la gestion des données — collecte, analyse et stockage — et au développement de dispositifs de gestion intégrée et d’alerte précoce, présentés comme essentiels pour anticiper plutôt que subir les crises phytosanitaires.

Selon Descartes Koumba, chargé de la facilitation et de la mise en œuvre des programmes de la FAO au sein de la CIPV et consultant international CIPV/FAO, cette session s’inscrit dans le cadre plus large du Programme phytosanitaire pour l’Afrique (APP). Cette initiative continentale de la CIPV ambitionne, d’après lui, de doter les professionnels africains d’outils modernes, de protocoles harmonisés et de solutions numériques avancées afin d’améliorer la surveillance des organismes nuisibles des végétaux. Le défi est de taille : entre 30 et 40 % des cultures africaines seraient perdues chaque année à cause des ravageurs et des maladies, un impact économique et social qualifié de colossal, aggravé par le changement climatique, la mondialisation des échanges et l’intensification des flux transfrontaliers de marchandises.

La RDC figure parmi les premiers pays engagés dans la phase 1 de ce programme, aux côtés du Cameroun, du Kenya, de l’Ouganda et de la Zambie. Pour M. Koumba, cette implication précoce reflète à la fois le potentiel agricole du pays et l’urgence de renforcer les systèmes nationaux de surveillance et d’alerte. Il estime que la formation organisée à Kola constitue une étape clé dans l’opérationnalisation du programme sur le territoire congolais, avec pour objectif de détecter rapidement les menaces, d’en prévenir l’introduction et d’en limiter la propagation.

La CIPV, rappelle le consultant, joue un rôle central dans ce dispositif. Elle assure l’harmonisation des normes phytosanitaires, la coordination technique, la mise à disposition de matériels de formation et le renforcement des capacités à travers des guides, des protocoles et des ateliers dédiés à l’application des normes internationales. Attaché au Programme phytosanitaire pour l’Afrique depuis son lancement et son implémentation en 2023, M. Koumba souligne que l’atelier de Mbanza-Ngungu s’inscrit également dans une dynamique régionale visant à constituer un réseau d’inspecteurs capables de relayer ces compétences à l’échelle nationale.

Le choix de la cité de Kola n’est pas anodin. Selon des sources locales, une part importante des produits alimentaires du Kongo central provient de cette zone, ce qui en fait un terrain stratégique pour tester et renforcer les dispositifs de surveillance phytosanitaire. Cette première phase de formation, appelée à s’étendre progressivement aux 26 provinces du pays, pourrait ainsi poser les bases d’un système plus cohérent de protection des cultures.

Traitée intergouvernementale ratifiée par 185 parties contractantes, la Convention internationale pour la protection des végétaux vise à protéger les végétaux, les produits agricoles et les ressources naturelles contre les organismes nuisibles. À travers l’élaboration et la promotion des mesures phytosanitaires internationales, la CIPV poursuit une vision qui dépasse les frontières nationales : préserver la sécurité alimentaire mondiale, protéger la biodiversité et faciliter des échanges commerciaux sûrs. Dans un pays comme la RDC, où l’agriculture reste un pilier économique et social, la mise en œuvre effective de ces normes apparaît, selon certaines analyses, comme un levier déterminant face aux pressions climatiques et biologiques croissantes qui pèsent sur les systèmes alimentaires.

Par kilalopress

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