Nord-Kivu : l’absence de délimitation participative du Parc des Virunga ravive les tensions avec les communautés riveraines

Dans l’est de la République démocratique du Congo, la question des limites du Parc national des Virunga continue de cristalliser des tensions anciennes, ravivées par l’absence d’un tracé clairement compris et accepté par les communautés riveraines. Mardi, à Goma, la coordination provinciale de la société civile Forces vives du Nord-Kivu a publiquement relancé le débat, appelant les autorités provinciales à engager sans délai un processus de délimitation participative et transparente de cette aire protégée emblématique.

La déclaration, lue par John Banyene, président provincial de la société civile, s’est tenue en présence des coordinations urbaines et territoriales de la province. À en croire les organisateurs, il s’agissait moins d’un simple rappel institutionnel que d’un signal d’alerte face à une situation jugée de plus en plus préoccupante sur le terrain. La complexité du tracé actuel du parc, héritée de décisions anciennes et souvent mal documentées localement, serait à l’origine de multiples incompréhensions, parfois lourdes de conséquences pour les populations vivant à la lisière de cette zone protégée.

S’adressant explicitement au gouvernement provincial du Nord-Kivu, la société civile plaide pour l’accélération des démarches menant à une délimitation participative des limites du Parc national des Virunga. Elle insiste également sur la nécessité de mettre en place un cadre de concertation permanent associant les acteurs de la société civile « dans toute sa diversité », selon les termes de John Banyene. Une telle instance, estiment des observateurs locaux, pourrait contribuer à désamorcer des conflits fonciers récurrents en intégrant les savoirs locaux et les réalités socio-économiques des territoires concernés.

Au-delà de la question cartographique, les Forces vives soulignent que l’enjeu est aussi humain et sécuritaire. Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, les zones frontalières du parc concentrent à la fois des activités agricoles de subsistance, des dynamiques de conservation environnementale et des problématiques sécuritaires complexes. D’après certaines analyses, l’absence d’un consensus clair sur les limites du parc fragilise la cohabitation entre éco-gardes et communautés locales, tout en exposant ces dernières à des risques accrus de violences ou de déplacements.

La société civile recommande ainsi un renforcement de l’encadrement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP Wazalendo) dans ces zones sensibles, tout en appelant à une meilleure coordination avec les forces de défense et de sécurité. Elle plaide parallèlement pour la mobilisation de ressources financières destinées à l’assistance humanitaire des populations affectées par les différends liés au parc, considérant que les conflits fonciers ont déjà un impact tangible sur les moyens de subsistance locaux.

Cette prise de position intervient dans un contexte tendu. Selon des sources locales, une altercation est survenue la veille entre des agriculteurs et des éco-gardes dans une zone frontalière du Parc national des Virunga. L’incident aurait fait deux agriculteurs blessés. Sans préjuger des responsabilités, la société civile y voit l’illustration concrète des risques que fait peser l’absence d’une clarification concertée des limites du parc.

Dans un territoire où la conservation de la biodiversité mondiale coexiste difficilement avec les impératifs de survie quotidienne des populations, la question de la délimitation du Parc national des Virunga dépasse le simple cadre administratif. Elle touche à la gouvernance foncière, à la sécurité humaine et à la crédibilité même des politiques environnementales. À condition, confient des acteurs du secteur, que le dialogue annoncé ne reste pas une promesse de plus, mais ouvre réellement la voie à une gestion partagée et apaisée de cet espace stratégique pour le Nord-Kivu et pour le pays tout entier.

Par kilalopress

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