À Lubumbashi, la rencontre s’est tenue loin des projecteurs, mais les mots échangés disent beaucoup de l’état réel de la politique forestière dans le sud de la République démocratique du Congo. Face à la ministre de l’Environnement en mission dans l’ex-province du Katanga, des acteurs de la société civile environnementale du Haut-Katanga ont livré un diagnostic sans détour sur l’effritement accéléré du couvert forestier, qu’ils lient directement à l’expansion de l’exploitation minière dans la région.
Selon des sources locales présentes à l’audience, la discussion n’avait rien d’un exercice protocolaire. Dans leur cahier des charges, les représentants de la société civile ont placé au centre la disparition progressive des forêts, entendues au sens large : arbres, arbustes et formations végétales qui structuraient jusque-là les paysages autour de Lubumbashi, Likasi et Kambove. Une dynamique qu’ils attribuent, d’après leurs recoupements, à l’installation et à la multiplication de sociétés minières, souvent au détriment des équilibres écologiques les plus élémentaires. La perte du couvert forestier, rappellent-ils, ne se limite pas à une question paysagère : elle affecte la régulation du climat local, fragilise les sols et érode une biodiversité déjà sous pression.
Derrière ce constat, la critique vise moins les principes affichés que l’écart persistant entre les textes et leur mise en œuvre. « Il ne sert plus à rien de continuer à prononcer de discours politique », a lancé Sabin Mande, chef de la délégation de la société civile environnementale, lors de cet échange. « L’heure de discours sans action concrète est révolue. Il faut agir maintenant. » Une prise de parole qui, selon plusieurs observateurs, traduit une lassitude largement partagée face à des engagements répétés, rarement suivis d’effets mesurables sur le terrain.
Dans le même esprit, Jean Félix Tamala, membre de la délégation, a mis en cause ce qu’il décrit comme un déséquilibre structurel entre les cadres juridiques. Il évoque la prédominance du code minier sur le code forestier, estimant que cette hiérarchie de fait facilite la destruction des espaces boisés sans mécanisme de réparation effectif. « Il y a beaucoup d’espaces forestiers qui sont détruits. Malheureusement la réhabilitation de ces espaces ne suit pas », a-t-il déclaré. Il a rappelé, à cette occasion, les dispositions de la Loi portant Code forestier, notamment ses articles 52 à 54, qui prévoient que « tout déboisement doit être compensé par un reboisement. Celui-ci doit être équivalent, en qualité et en superficie au couvert forestier initial réalisé par l’auteur du déboisement à ses frais. » Une exigence légale que la société civile juge largement ignorée dans les zones minières du Haut-Katanga.
Interpellée sur ces critiques, la ministre de l’Environnement, Marie Nyange, a reconnu l’ampleur du phénomène. « Le mardi 03 février, j’ai fait Lubumbashi-Kambove en passant par la ville de Likasi. J’ai constaté un nombre important de sociétés minières sur ce trajet », a-t-elle affirmé, avant d’ajouter : « Ces miniers déboisent sérieusement les forêts. » Selon elle, l’ampleur du déboisement complique aujourd’hui toute évaluation précise. « À l’heure actuelle, il est difficile de faire une évaluation manuelle des espaces forestiers perdus », a-t-elle reconnu, tout en promettant le déploiement d’une commission d’experts forestiers chargée d’établir un état des lieux. « C’est à l’issue d’un travail scientifique grâce à l’utilisation des nouvelles technologies que nous parviendrons à voir de bonnes données », a-t-elle précisé, estimant que ces informations permettront ensuite de « bien taxer et les obliger à réparer les dommages. »
À en croire certaines analyses, cet échange illustre une tension de plus en plus visible entre une société civile qui revendique l’application stricte des lois existantes et un appareil public pris dans les arbitrages permanents entre impératifs économiques et exigences environnementales. La confrontation ne se situe plus sur le terrain des intentions, mais sur celui de la crédibilité des politiques publiques : tant que la restauration des forêts restera une promesse conditionnée à des études futures, estiment des acteurs du secteur, le sentiment d’impunité continuera d’accompagner l’exploitation minière dans le sud du pays. À Lubumbashi comme ailleurs, la question forestière apparaît ainsi comme un révélateur brutal des limites actuelles de la gouvernance environnementale en RDC.
Par kilalopress