À Addis-Abeba, la RDC défend une réforme foncière ambitieuse et décolonisée : le CONAREF séduit la CLPA 2025

Addis-Abeba – Lors de l’évènement parallèle consacré à la réinvention de la sécurité foncière en Afrique postcoloniale, la République démocratique du Congo a frappé fort. Avec une présentation limpide et incisive, M. Simplice Mutombo, expert à la Commission Nationale de la Réforme Foncière (CONAREF), a exposé l’avancement d’une réforme aujourd’hui considérée comme l’une des plus ambitieuses du continent.


Dans une salle réunissant UN-Habitat, GLTN, l’Université de Namibie, les représentants de l’Ouganda et de la Somalie, la RDC a assumé une position claire : la réforme foncière n’est pas un exercice technocratique, mais une urgence historique et sociale.

Cette prise de parole a d’abord rappelé que la réforme congolaise est née de l’épuisement du système foncier hérité de la loi de 1973, dont les limites se sont révélées à travers la multiplication des conflits, la fragilité des institutions, la faiblesse de la sécurité foncière coutumière et la montée de la corruption. Ce constat a poussé le pays, dès 2013, à entamer — avec l’appui technique de UN-Habitat/GLTN — une refonte structurelle de la gouvernance foncière, fondée sur le renforcement de la justice sociale et l’adaptation aux réalités locales.

En remontant aux racines du problème, M. Mutombo a replacé la réforme dans une perspective historique affirmée : moderniser le foncier africain est impossible sans s’attaquer aux injustices coloniales encore inscrites dans les systèmes actuels. Dans cette logique, la RDC a fait le choix de reconnaître officiellement les droits légitimes des communautés locales et de clarifier le statut des terres coutumières, longtemps rendues invisibles par une vision foncière importée et individualiste. La réforme cherche ainsi à protéger les espaces collectifs, à garantir les droits des femmes, des peuples autochtones Pygmées et des groupes marginalisés, et à rééquilibrer un ordre foncier longtemps biaisé.

Contrairement aux idées reçues, cette réforme ne se résume pas à des intentions. La RDC a démontré que les avancées sont déjà tangibles : sécurisation des terres communautaires, amélioration de la sécurité juridique des transactions urbaines et rurales, consolidation des droits des groupes vulnérables, renforcement de la gouvernance locale, implication accrue des citoyens dans les décisions foncières. Ces progrès, loin d’être anecdotiques, repositionnent le pays comme un acteur majeur de l’innovation foncière en Afrique centrale.

Cette dynamique se matérialise par une série d’outils très concrets. M. Mutombo a ainsi présenté un Guide méthodologique sur la sécurisation foncière, des Chartes foncières locales, des mécanismes de résolution alternative des conflits, une administration foncière Fit-for-Purpose et un manuel sur le système d’information foncière. Ces outils, testés dans plusieurs sites pilotes, permettent de traduire la réforme dans les pratiques quotidiennes et d’assurer une application cohérente sur le terrain.

La stratégie congolaise repose également sur la production de connaissances locales, la construction de partenariats solides et le renforcement des capacités techniques des agents fonciers. Ce triptyque — comprendre, collaborer, former s’est imposé comme l’un des moteurs les plus cités par les participants, qui y ont vu une démarche méthodique et durable capable de réduire les dérives et de renforcer la transparence.

Au fil de la session, plusieurs experts ont salué la RDC pour sa capacité à proposer un modèle hybride conciliant droits coutumiers, législation moderne, technologies adaptées et approche participative. Dans un contexte où les pays africains oscillent souvent entre tradition et modernité, la réforme congolaise apparaît comme un compromis robuste, aligné sur le continuum des droits fonciers promu par la GLTN et déjà cité comme une pratique inspirante.

La participation de la RDC à cette session parallèle n’était pas une simple présentation technique : elle a mis en lumière une vision politique assumée, où l’ambition de réparer les injustices du passé s’allie à la volonté de moderniser les institutions. À Addis-Abeba, le CONAREF n’a pas seulement présenté l’état d’avancement d’une réforme ; il a positionné la RDC au cœur du débat continental sur la justice foncière et le développement inclusif.
Un signal fort, dans un continent où la terre demeure l’axe central des conflits, des identités et des aspirations collectives.

Par kilalopress

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