Ituri en ébullition : L’État congolais livré à ses démons, les communautés locales prises en étau

Dans la province de l’Ituri, la paix relative qui avait prévalu depuis 1999, a été brisée à la fin de l’année 2016. En dépit des massacres passés, la jeunesse, les acteurs politiques, les leaders communautaires et la communauté internationale avaient réussi à mettre fin aux hostilités. Cependant, l’émergence d’une milice nommée CODECO en 2017, suite à la fragmentation de la province, a rallumé la mèche de la violence.

Les attaques meurtrières ont commencé dans le territoire de Djugu avant de s’étendre à Mahagi et à Irumu, où une nouvelle milice, la FPIC, a vu le jour. Quatre communautés, les Hema, Alur, Nyali, Mambisa, et Ndookebo, ont été particulièrement ciblées par ces groupes armés.

Les conséquences ont été dévastatrices notamment par des massacres de civils, pillages, incendies de villages, viols, kidnappings.

Face à ces exactions, de nombreux appels à la défense des communautés victimes ont été lancés. En 2020, la jeunesse a décidé de s’organiser, en réponse à l’appel d’un responsable militaire incitant à « se prendre en charge ».Cependant, cette autodéfense était censée se limiter à guider l’armée vers l’ennemi, sans attaquer directement.

Malgré cette alliance, les communautés victimes n’ont pas trouvé de répit.Outre les pertes civiles, les militaires ont également été victimes des milices, probablement en raison d’un faible effectif dans les zones concernées.

La politique est entrée en jeu, chacun cherchant à défendre sa communauté contre un ennemi clairement identifié par les services compétents de la République.

Même dans les zones où l’autodéfense est présente, le commandement militaire et les services secrets sont également actifs. C’est notamment le cas de l’axe Mabanga, dans Lodjo, sur l’axe Dala, où les militaires ont choisi de coopérer avec l’autodéfense pour protéger les civils et leur propre vie. Toutefois, l’approvisionnement en armes de l’autodéfense proviendrait des attaques et des traques de la milice CODECO par les FARDC.

Ainsi, l’autodéfense du territoire de Djugu, qui œuvre pour la défense des communautés victimes, collaborerait dans certains cas avec les militaires. Cependant, près de 80% des populations ne sont plus dans leurs villages, ayant été déplacées à l’intérieur de la province ou ayant cherché refuge dans d’autres pays, notamment en Ouganda.

Aujourd’hui, l’autodéfense, vue davantage comme un ennemi de l’armée que comme un collaborateur, est contrainte par le gouvernement provincial, dirigé par l’armée. Cette situation a conduit à la naissance d’un nouveau groupe d’autodéfense, le « Mouvement d’autodéfense populaire de l’Ituri » (MAPI).

Née en 2020, l’autodéfense ne reconnaît nullement les attaques contre les groupes armés ou d’autres communautés. C’est un appel à l’État congolais pour accélérer le mécanisme de rassemblement des groupes armés signataires de l’acte d’engagement afin de déposer les armes conformément au Programme DDRC-S. L’État congolais doit-il être accusé de diabolisation, de provocation ou de représailles ? Le temps nous le dira.

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