La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à prendre des mesures drastiques contre les entreprises impliquées dans l’achat de minerais provenant de ses régions en proie aux conflits. Cette décision, annoncée par la ministre des Affaires étrangères Therese Kayikwamba Wagner, marque un tournant dans la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles du pays.
Dans un contexte où l’est de la RDC est en proie à des violences persistantes, le gouvernement congolais cherche à responsabiliser les acteurs internationaux qui, directement ou indirectement, alimentent ces conflits. L’annonce intervient alors que la partie Est de ce pays est le théâtre d’affrontements impliquant plus d’une centaine de milices, dont le groupe rebelle M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda.
Au cœur de cette problématique se trouve le commerce de minerais précieux tels que le tantale, l’étain, l’or et le tungstène. Ces ressources, essentielles à la fabrication de produits électroniques, sont devenues une source de financement pour les groupes armés. En 2024, la prise de contrôle de la plus grande mine de tantale, Rubaya, par le M23, a mis en lumière l’urgence de la situation.
Le géant technologique Apple se trouve particulièrement dans la ligne de mire des autorités congolaises. Le pays a déjà averti Apple Inc. que ses achats de métaux comme l’étain, le tantale et l’or pourraient être liés à la violence au Congo et être passés en contrebande via le Rwanda voisin. Déjà en avril, l’entreprise avait été avertie que ses achats de métaux pourraient être liés à la violence dans la région. En mai, les avocats du gouvernement congolais ont accusé Apple d’ignorer les demandes de preuves attestant que ses fournisseurs n’utilisaient pas de minerais profitant aux groupes armés. Face à ces allégations, Apple affirme avoir pris des mesures. L’entreprise aurait rompu ses liens avec 18 fournisseurs en 2020 et 12 autres en 2022, tous soupçonnés de s’approvisionner en minerais de conflit. De plus, Apple s’est engagé à utiliser 100% de cobalt recyclé d’ici 2025, affirmant avoir déjà dépassé les 50%.

Cependant, ces efforts semblent insuffisants aux yeux du gouvernement congolais. La ministre Wagner a évoqué la possibilité d’actions en justice, bien que les détails de cette stratégie restent à définir. Cette approche soulève des questions quant à la faisabilité et à l’efficacité de poursuites judiciaires contre des multinationales.
L’enjeu dépasse largement le cadre de la RDC. Un groupe d’experts des Nations Unies a déclaré que les minerais provenant de Rubaya sont « inéligibles au commerce » selon leurs directives de diligence raisonnable, en raison de leur lien avec la violence. Cette déclaration pourrait avoir des répercussions importantes sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement mondiale en minerais.
La situation met en lumière la complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales et la difficulté pour les entreprises de garantir l’origine éthique de leurs matières premières. Elle soulève également des questions sur la responsabilité des entreprises technologiques dans les conflits alimentés par l’exploitation des ressources naturelles.Le gouvernement affirme que les entreprises pourraient être tenues responsables de l’alimentation de la guerre
A cet effet, la République démocratique du Congo prévoit desormais de sévir contre les entreprises qui achètent ou s’approvisionnent en minéraux dans sa région orientale déchirée par la guerre, où la contrebande alimente l’une des pires crises humanitaires au monde. Le gouvernement enquête désormais sur d’autres entreprises également, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Therese Kayikwamba Wagner, sans les nommer.
Cette position de la RDC souligne la nécessité d’une approche globale et coordonnée pour résoudre le problème des minerais de conflit. L’efficacité de ces mesures dépendra de la capacité du gouvernement congolais à les mettre en œuvre, mais aussi de la volonté des entreprises et de la communauté internationale à collaborer pour une exploitation plus éthique et durable des ressources naturelles.
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