Dans le Haut-Lomami, l’onde de choc provoquée par l’attaque du quartier général du Parc national de l’Upemba ne s’est pas dissipée avec le silence revenu sur les lieux. Plus d’un mois après l’assaut attribué à des miliciens actifs dans la zone, les stigmates ne se lisent pas seulement sur les infrastructures endommagées ou dans les familles endeuillées. Ils s’inscrivent désormais dans les trajectoires humaines de celles et ceux qui assurent, au quotidien, la fragile ligne de défense entre la biodiversité et les multiples pressions qui la menacent.
D’après nos recoupements, le site visé n’était pas anodin. Il concentrait à la fois les fonctions logistiques et symboliques de la présence étatique dans cette partie du territoire, où l’autorité publique reste disputée. L’attaque a ainsi frappé au cœur du dispositif de conservation, dans un parc parmi les plus anciens d’Afrique centrale, dont l’étendue couvre plusieurs centaines de milliers d’hectares. Cette aire protégée, réputée pour la richesse de ses écosystèmes, subit depuis des années l’effet combiné du braconnage et de l’insécurité chronique.
Mais au-delà du choc initial, c’est une autre urgence qui s’est imposée, plus discrète et longtemps négligée dans la gestion des crises environnementales en République démocratique du Congo : celle de la santé mentale. Les éco-gardes rescapés, leurs proches et les agents administratifs présents lors de l’attaque font désormais l’objet d’un accompagnement spécifique. Des séances individuelles et collectives ont été mises en place avec l’appui de spécialistes, dans l’objectif de prévenir l’installation de troubles post-traumatiques et de permettre, progressivement, une reprise des activités de surveillance.

À en croire certaines analyses, cette inflexion marque une évolution notable dans les pratiques de gestion des aires protégées congolaises. Longtemps, la réponse institutionnelle s’est limitée à des compensations financières et à un retour rapide sur le terrain, sans véritable prise en compte de l’impact psychologique des violences subies. Or, plusieurs études menées en Afrique centrale établissent un parallèle troublant : les agents de conservation exposés à des situations de conflit présentent des niveaux de stress et d’anxiété comparables à ceux observés chez des militaires engagés en opérations. Une réalité qui, selon des observateurs, affecte durablement les capacités opérationnelles et alimente le désengagement dans une profession déjà marquée par la précarité.
Sur le terrain, les conséquences sont tangibles. Certains éco-gardes ont perdu des collègues, d’autres ont été témoins directs de scènes de violence. Les familles, parfois déplacées vers des localités voisines, tentent de reconstruire un quotidien sous la menace diffuse d’un nouvel assaut. Dans ce contexte, la restauration de la confiance — en soi, dans l’institution, dans la mission même de conservation — apparaît comme un chantier aussi crucial que la réhabilitation des bâtiments détruits.

Le cas de l’Upemba, confient des acteurs du secteur, dépasse toutefois le cadre local. Il renvoie à une problématique plus large qui concerne plusieurs grandes aires protégées du pays, telles que le Parc national des Virunga, le Parc national de la Garamba ou encore le Parc national de Kahuzi-Biega, régulièrement exposées aux incursions de groupes armés et aux réseaux de braconnage organisés. Dans ces espaces, la capacité à maintenir des équipes formées, motivées et psychologiquement résilientes conditionne non seulement la préservation de la biodiversité, mais aussi une forme de contrôle territorial.
L’enjeu prend également une dimension stratégique sur le plan international. Les partenaires techniques et financiers — qu’il s’agisse de l’Union européenne, d’agences onusiennes ou de fondations engagées dans la conservation — accordent une attention croissante aux conditions de travail et de protection du personnel. L’intégration d’un volet dédié à la santé mentale dans les protocoles post-incident pourrait, à terme, devenir un critère déterminant pour l’accès aux financements.
Reste que cette avancée, aussi significative soit-elle, ne saurait masquer l’ampleur des défis. La reconstruction du quartier général, le renforcement des patrouilles et la sécurisation des axes d’accès exigent des ressources considérables, difficiles à mobiliser pour le parc seul. Dans un environnement où la menace milicienne demeure persistante, la prise en charge psychologique apparaît comme un levier nécessaire, mais insuffisant, face à une crise qui conjugue enjeux sécuritaires, écologiques et humains.
Selon PressAfrik, le suivi des survivants se poursuit encore plus d’un mois après l’attaque, signe que, dans l’Upemba, la reconstruction ne se joue pas uniquement dans la pierre, mais aussi dans les esprits.
Par kilalopress