À Baraka, sur les rives du lac Tanganyika, les enjeux climatiques ne se résument plus à des projections abstraites. Ils prennent corps dans le quotidien des ménages, entre raréfaction du bois de chauffe, dégradation progressive des forêts environnantes et accumulation de déchets organiques dans les quartiers périphériques. C’est dans ce contexte que, du 23 au 25 avril 2026, une initiative portée par l’ONG Vision des Femmes pour le Développement Endogène (VIFEDE) a discrètement mobilisé une trentaine de femmes dans la commune de Kalundja, au sein de l’église 8ème CEPAC Philadelphie.
Pendant trois jours, ces participantes ont été formées à une technique encore marginale dans la région : la fabrication de briquettes écologiques à partir de résidus organiques. L’atelier s’inscrit dans un programme plus large intitulé « Renforcement de la résilience des femmes de Baraka face aux changements climatiques par l’agroforesterie et des solutions écologiques durables », une approche qui, selon plusieurs observateurs, tente de répondre simultanément à des problématiques énergétiques, environnementales et économiques.
D’après les femmes formées, les modules de formation ont alterné entre apports théoriques et exercices pratiques. La première journée a posé les bases, abordant les principes de l’économie circulaire, les mécanismes du changement climatique et les opportunités liées à l’entrepreneuriat vert. Les deux journées suivantes ont plongé les participantes dans la transformation concrète des déchets : carbonisation, broyage, séchage, puis tamisage et mélange, jusqu’à l’obtention d’un combustible prêt à l’usage.

Les matières premières utilisées — épluchures de banane, coques d’arachide, feuilles mortes ou encore restes alimentaires — témoignent d’un changement de regard sur des déchets longtemps perçus comme inutiles. En les convertissant en énergie domestique, cette pratique contribue, à en croire certaines analyses, à réduire la pression exercée sur les ressources forestières locales, tout en limitant l’insalubrité dans les zones urbaines.
Au terme de la formation, 500 briquettes écologiques ont été produites par les participantes elles-mêmes. Un résultat modeste à l’échelle industrielle, mais significatif à l’échelle communautaire, où l’accès à des alternatives énergétiques reste limité. « Cette formation nous ouvre une nouvelle voie. Nous pouvons désormais générer des revenus tout en protégeant notre environnement », a confié l’une des bénéficiaires, traduisant une double attente : améliorer les conditions de vie tout en s’adaptant aux mutations climatiques.
Au-delà de l’apprentissage technique, l’initiative met en lumière un enjeu souvent sous-estimé dans les politiques environnementales : la place des femmes dans la transition écologique. « L’autonomisation des femmes passe aussi par des initiatives concrètes comme celle-ci », a souligné une autre participante. Dans une ville comme Baraka, où les femmes jouent un rôle central dans l’approvisionnement énergétique des ménages, leur implication directe dans des solutions alternatives pourrait accélérer l’adoption de pratiques plus durables.

La cérémonie de clôture a réuni plusieurs autorités locales, dont le Chef de division unique, le Bourgmestre ainsi que les services de l’environnement. Tous ont salué une initiative jugée en phase avec les priorités locales, à la croisée des défis climatiques et socio-économiques. Reste néanmoins la question de la pérennité : sans mécanismes d’accompagnement à long terme, estiment certains acteurs du secteur, ce type d’action risque de rester ponctuel, sans véritable changement d’échelle.
Soutenue par le Fonds pour les Femmes Congolaises (FFC), cette formation illustre une tendance plus large observée dans plusieurs territoires du Sud-Kivu : l’émergence de solutions locales, souvent portées par des organisations communautaires, pour répondre aux impacts du changement climatique. Si leur portée reste encore limitée, ces initiatives esquissent les contours d’un modèle où la gestion des déchets, l’accès à l’énergie et l’autonomisation économique ne sont plus traités séparément, mais comme les différentes facettes d’un même défi. À Baraka, ces 500 briquettes produites en trois jours ne changeront pas à elles seules la trajectoire environnementale de la ville. Mais elles racontent autre chose : la capacité d’une communauté à expérimenter, à s’adapter et, peut-être, à redéfinir progressivement ses rapports à l’environnement.
Par kilalopress