RDC : la société civile congolaise, à travers Jean-François Mombia Atuku, président du comité de suivi des accords, plaide pour une réforme équilibrée autour de la PHC et des droits communautaires

Dans le débat souvent polarisé autour des grandes entreprises agro-industrielles en République démocratique du Congo, la parole de Jean-François Mombia Atuku s’impose comme celle d’un acteur de terrain qui refuse les lectures simplistes. À la tête du comité de suivi des accords entre les communautés locales et la Plantations et Huileries du Congo (PHC), il incarne une approche de médiation construite sur plus de vingt ans de travail, entre défense des droits humains et recherche de solutions économiques durables.

Ce comité, dont il assure la présidence, est composé de sept organisations de la société civile congolaise engagées dans l’accompagnement des communautés face aux impacts sociaux et environnementaux des activités industrielles. On y retrouve notamment RIAO-RDC, la MUDEV, l’ANPS (Les Amis de la Nature pour la Paix Sociale), le CADAP, ainsi que trois organisations issues de Boteka : DDGED (Dynamique de la défense, de la bonne gouvernance et de l’état de droit), ADPDH (Action pour le développement et la protection des droits humains) et PHE (Protégeons l’homme et son environnement). Ensemble, ces structures accompagnent les communautés dans la défense de leurs droits, notamment dans les zones de concession de la PHC.

Dans son analyse, Jean-François Mombia Atuku refuse d’opposer systématiquement entreprises et communautés. Sa grille de lecture repose sur une idée centrale : sans activité économique structurée, le droit au travail – et donc à la dignité – reste théorique. Il s’appuie sur les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme et sur les dispositions constitutionnelles congolaises qui consacrent le droit au travail comme fondement de la vie sociale.

Pour lui, la réalité du terrain est sans équivoque. Dans plusieurs zones rurales où opère la PHC, l’entreprise représente l’un des rares pôles d’emploi formel. Il rappelle que plus de 11 000 travailleurs sont aujourd’hui sous contrat, avec une projection pouvant atteindre 15 000 emplois directs d’ici la fin de l’année 2026, sans compter des milliers de travailleurs saisonniers et un tissu économique indirect évalué à près de 100 000 ménages dépendants.

Mais ce constat économique ne l’empêche pas de revenir sur les dérives du passé. Il évoque sans détour les conditions de travail difficiles qui ont longtemps marqué les plantations : absence d’équipements de protection, longues distances parcourues à pied par les travailleurs, accidents fréquents et précarité généralisée. Dès 2004–2005, rappelle-t-il, il s’était engagé dans la documentation et la dénonciation de ces abus, y compris auprès de médias internationaux comme TV5 et la BBC.

Selon lui, cette pression combinée de la société civile et des partenaires internationaux a contribué à enclencher une transformation progressive. Aujourd’hui, il affirme constater des évolutions tangibles : amélioration de certains salaires pouvant atteindre entre 300 et 400 dollars américains, construction d’écoles et de centres de santé, développement d’infrastructures routières, ainsi que des projets industriels et énergétiques dans plusieurs concessions, notamment à Lokutu, Boteka et ailleurs dans la cuvette forestière.

Dans ces territoires enclavés, ces changements ne sont pas anodins. Ils structurent la vie quotidienne. Autour des sites industriels, des petits commerçants, des prestataires de services et des familles entières dépendent directement de cette économie de plantation. Pour Mombia Atuku, la disparition brutale d’un tel acteur aurait des conséquences sociales majeures, bien plus destructrices que les imperfections qu’il faut corriger de l’intérieur.

C’est dans cette logique qu’il inscrit également la question sensible de la recapitalisation de la PHC. Il rappelle qu’un besoin d’environ 100 millions de dollars avait été évoqué pour consolider la participation de l’État à hauteur d’environ 20 %. Une somme que les autorités n’ont pas pu mobiliser, notamment en raison de contraintes budgétaires et de priorités sécuritaires. Et de poser une question qui traverse tout son raisonnement : l’État congolais manque-t-il réellement « seulement » 100 000 000 de dollars pour soutenir une entreprise qui structure la vie de dizaines de milliers de familles ?

Pour le président du comité de suivi des accords, cette interrogation dépasse la simple arithmétique financière. Elle renvoie à la capacité du pays à arbitrer entre urgence sociale, développement économique et souveraineté sur ses ressources. Dans un contexte où les investissements étrangers sont fortement sollicités, il estime qu’aucun État ne peut prétendre se développer sans partenaires économiques solides.

Mais son discours ne se limite pas à une défense des entreprises. En tant que coordinateur du suivi des accords sociaux, il insiste sur la nécessité de respecter les engagements pris entre la PHC et les communautés locales : accès aux terres, infrastructures sociales, services de santé et éducation. Il souligne l’importance des mécanismes de médiation impliquant chefs coutumiers, organisations locales et institutions partenaires, afin de prévenir les conflits et renforcer la transparence.

Cette posture intermédiaire lui vaut des critiques dans certains segments de la société civile, où des voix appellent à des positions plus radicales contre la PHC. Mais Mombia Atuku s’y oppose fermement, estimant qu’une logique de rupture brutale serait contre-productive et socialement dangereuse. À ses yeux, le véritable enjeu n’est pas de détruire les entreprises, mais de les transformer pour qu’elles deviennent de véritables leviers de développement.

Dans un pays marqué par des décennies de fragilités économiques et institutionnelles, son approche met en lumière une réalité souvent occultée : la justice sociale et le développement économique ne s’opposent pas nécessairement, mais doivent être construits ensemble, dans un équilibre difficile mais indispensable.

Par kilalopress

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