RDC : Deuxième pays le plus touché par la faim dans le monde, entre alerte humanitaire et colère populaire face à l’inaction de l’État

La République démocratique du Congo (RDC) vient d’être classée deuxième pays le plus touché par l’insécurité alimentaire aiguë dans le monde en 2025, selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires (GRFC) publié le 24 avril 2026. Avec 27,7 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, le pays se situe derrière le Nigeria et devant le Soudan, dans un classement qui confirme une dégradation préoccupante de la situation humanitaire.

Le document souligne que la RDC figure parmi les pays où la crise s’est le plus aggravée entre 2024 et 2025, une détérioration directement liée à l’insécurité persistante dans l’Est, aux déplacements massifs de populations et à la fragilité structurelle des systèmes de production alimentaire.

Selon les Nations unies, le pays compte désormais environ 6,47 millions de déplacés internes, faisant de la RDC l’un des épicentres mondiaux des crises humanitaires contemporaines.

Une crise alimentaire structurelle aggravée par les conflits et le désengagement financier

Le rapport international met en évidence trois facteurs principaux : les conflits armés, les chocs climatiques et les déséquilibres économiques. Mais un autre élément inquiète les agences humanitaires : la baisse des financements destinés à l’aide alimentaire, alors même que les besoins atteignent des niveaux historiques.

Dans plusieurs régions du pays, les infrastructures agricoles restent quasi inexistantes, les routes de desserte agricole dégradées, et les chaînes de transformation alimentaire très limitées. Cette situation contribue à un paradoxe largement dénoncé : un pays à très fort potentiel agricole mais massivement dépendant des importations alimentaires.

Ce contraste est d’autant plus frappant que des pays comparables par le passé ont réussi à inverser des situations similaires. Le Rwanda, par exemple, sorti d’une crise profonde dans les années 1990, a fait de la modernisation agricole une priorité nationale. Entre 2000 et 2015, sa production agricole a connu une croissance annuelle moyenne estimée à plus de 5 % selon la Banque mondiale, réduisant progressivement sa dépendance alimentaire et structurant des chaînes de valeur locales.

De son côté, le Vietnam illustre une transformation encore plus spectaculaire : en 1986, il faisait face à une pénurie alimentaire chronique. Moins de vingt ans plus tard, il devient l’un des trois premiers exportateurs mondiaux de riz, avec plus de 7 millions de tonnes exportées par an au début des années 2020 selon la FAO, grâce à une réforme profonde de son agriculture et de ses mécanismes de production.

Une réaction populaire qui accuse la gouvernance et le manque de vision économique

À la suite de la publication du rapport, les réactions sur les réseaux et forums citoyens traduisent une exaspération croissante face à la gestion du secteur agricole et à l’absence de politiques structurelles efficaces.

Un constat revient de manière récurrente : la RDC dispose de terres fertiles, d’un climat favorable et d’une population active importante, mais reste incapable de transformer ce potentiel en richesse réelle.

Un internaute souligne ainsi le paradoxe agricole du pays :

« Le pays est très riche, mais il manque la vision et la volonté politique. Nous gérons les affaires du pays comme des mercenaires. »

D’autres pointent la dépendance alimentaire croissante des grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi ou Goma vis-à-vis des pays voisins, malgré l’abondance de ressources locales.

« Goma et Bukavu consomment le Rwanda, Bunia consomme l’Ouganda, Kinshasa dépend de l’Angola… pourtant nous avons tout ici », déplore un autre intervenant.

Le diagnostic d’un système agricole fragmenté et sous-investi

Les échanges populaires mettent également en lumière un problème structurel central : l’absence d’infrastructures agricoles fonctionnelles. Routes impraticables, absence de transformation locale, manque de stockage, inexistence de crédits agricoles adaptés et faiblesse de l’encadrement technique sont régulièrement cités.

Un acteur du secteur résume la situation :

« On ne peut pas faire de l’agroéconomie avec des slogans. Il faut des routes, des usines de transformation, de l’électricité et des chaînes de valeur structurées. »

Dans plusieurs provinces, des produits agricoles comme les bananes, les ananas ou les agrumes pourrissent faute d’évacuation vers les marchés urbains.

Entre potentiel agricole et réalité de terrain : un écart critique

Des exemples concrets illustrent cet écart. Dans le Kasaï Central, la filière ananas pourrait générer des millions de dollars et des milliers d’emplois, mais reste largement informelle. Dans le Kongo Central ou le Plateau des Bateke, certains producteurs témoignent de coûts d’exploitation élevés liés à l’absence d’électricité, d’eau, de routes et d’accompagnement institutionnel.

Un agriculteur résume la situation :

« Nous devons construire nos propres forages, nos routes, nos systèmes d’énergie… tout cela en plus de produire. Sans soutien de l’État, l’agriculture devient une aventure individuelle risquée. »

Une critique directe de la gouvernance publique

Au-delà des aspects techniques, plusieurs réactions ciblent directement la gouvernance publique, accusée de privilégier les forums, les annonces et les programmes non suivis d’effet.

« Trop de réunions, trop de forums, trop de discours. Mais peu de réalisations concrètes sur le terrain », peut-on lire dans plusieurs contributions.

Ce sentiment d’immobilisme contraste avec l’ampleur des besoins. La crise alimentaire, selon les données du GRFC, n’est plus seulement humanitaire : elle devient structurelle, économique et politique.

Un pays à la croisée des chemins

Alors que la RDC dispose de plus de 80 millions d’hectares de terres arables, la dépendance alimentaire continue de s’aggraver. Les analystes rappellent que sans investissements massifs dans les infrastructures rurales, la transformation agro-industrielle et la gouvernance du secteur, le pays risque de rester prisonnier d’une insécurité alimentaire chronique.

Dans un contexte où plus de 27 millions de Congolais peinent déjà à se nourrir correctement, la question centrale demeure désormais politique : comment transformer un potentiel agricole exceptionnel en sécurité alimentaire réelle et durable ?

Par kilalopress

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