RDC : PHC en voie de liquidation – l’intersyndicale et les chefs coutumiers unis à Kinshasa pour éviter une catastrophe sociale

La tension autour de Plantations et Huileries du Congo ne faiblit pas. Alors que la sortie de l’État congolais du capital continue d’alimenter soupçons et controverses dans les cercles politiques et économiques, un nouvel acteur entre avec force dans le débat : les travailleurs eux-mêmes. Et leur message est sans ambiguïté. Pour l’intersyndicale de PHC et plusieurs communautés locales, la polémique actuelle reposerait en grande partie sur une lecture biaisée — voire déformée — d’un processus qu’ils jugent, eux, vital pour leur survie.

Réunis devant la presse à Kinshasa le 25 avril 2026, les représentants syndicaux ont choisi de rompre le silence. À rebours des critiques qui dénoncent une recomposition opaque de l’actionnariat, ils défendent une version radicalement différente : celle d’une entreprise au bord du précipice, contrainte d’engager une recapitalisation pour éviter une disparition pure et simple. Selon Loko Zowa Crispin, secrétaire général de l’intersyndicale, l’opération en cours ne relèverait ni d’une manœuvre politique ni d’un abandon stratégique, mais d’une nécessité économique immédiate. Il affirme que la recapitalisation s’effectuerait “dans le strict respect du droit OHADA, des statuts de la société et des règles de gouvernance”, et viserait avant tout à rétablir l’équilibre financier, assurer la continuité des activités et préserver des milliers d’emplois.

Mais derrière cet argumentaire juridique, c’est surtout une alerte sociale qui se dessine. Car pour les travailleurs, la question n’est pas d’abord celle du contrôle de l’entreprise, mais celle de sa survie. La liquidation de PHC signifierait, selon leurs estimations, la perte immédiate de plus de 11.000 emplois directs, avec un effet domino sur des dizaines de milliers de vies. Dans des zones déjà fragilisées, où l’entreprise constitue parfois le principal moteur économique, l’impact serait, selon eux, “catastrophique”. Cette réalité, souvent reléguée au second plan dans les débats sur la gouvernance, devient ici centrale.

La parole des communautés locales vient renforcer cette lecture. À travers la voix de Françis Ilinga, chef coutumier de la chefferie de Yaliwasa, le ton se fait plus direct, presque accusateur. Il dénonce des “fausses informations” qui circuleraient autour de la recapitalisation et met en garde contre les conséquences concrètes d’une déstabilisation de l’entreprise. Pour lui, PHC ne se résume pas à une structure économique : c’est un écosystème. Accès aux soins, éducation, infrastructures — autant de services qui, selon lui, disparaîtraient avec l’entreprise. “Vouloir liquider PHC, c’est vouloir nous liquider tous”, lance-t-il, résumant en une phrase la peur qui traverse les communautés riveraines.

Ce soutien affiché à la recapitalisation introduit une fracture nette dans le débat public. D’un côté, des voix critiques continuent de questionner les conditions du retrait de l’État et les implications d’une recomposition de l’actionnariat. De l’autre, les travailleurs et les communautés défendent une approche pragmatique : sauver l’entreprise avant tout, quitte à accepter des transformations profondes dans sa gouvernance. Deux logiques difficilement conciliables, mais qui traduisent des priorités différentes.

Reste une question que cette prise de position ne résout pas entièrement : la légalité et la nécessité économique suffisent-elles à éteindre les interrogations sur la transparence et le contrôle stratégique ? En affirmant que la sortie de l’État serait un “choix souverain et volontaire”, l’intersyndicale reprend la ligne officielle. Mais cette affirmation, aussi catégorique soit-elle, ne dissipe pas toutes les zones d’ombre soulevées ailleurs. Elle les déplace plutôt, en recentrant le débat sur un dilemme plus brutal : faut-il privilégier la survie immédiate d’un géant agro-industriel, ou interroger les conditions dans lesquelles cette survie est organisée ?

Consciente des enjeux, l’intersyndicale annonce vouloir “agir rigoureusement” contre toute initiative susceptible de compromettre l’avenir de l’entreprise et appelle les parties prenantes à rejeter les campagnes de désinformation. Une posture offensive qui témoigne d’un climat de plus en plus polarisé autour de PHC. Car au-delà des discours, une réalité s’impose : ce qui se joue aujourd’hui dépasse le simple cadre d’une opération financière. Entre bataille d’influence, enjeux sociaux et questions de souveraineté, PHC est devenue le théâtre d’un affrontement où chaque camp prétend défendre l’intérêt général — mais où les visions de cet intérêt divergent profondément.

Par kilalopress

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