Dans le secteur de Ngandja, au cœur du territoire de Fizi dans le Sud-Kivu, les discussions sur l’avenir de la forêt ne relèvent plus seulement du discours technique. Elles prennent désormais la forme d’une inquiétude collective, presque palpable, face à une pression croissante sur les écosystèmes locaux. C’est dans ce contexte qu’un forum communautaire de deux jours s’est tenu à Lubondja, chef-lieu du secteur, du mercredi 22 au jeudi 23 avril 2026, réunissant autorités, acteurs locaux et gestionnaires d’aires protégées autour d’un même constat : la réserve de faune de Ngandja traverse une phase critique.
Au centre des échanges, Amani Kabage David, conservateur et chef de site de cette réserve, a dressé un tableau sans détour des menaces qui fragilisent cet espace écologique stratégique. Selon les éléments partagés au cours des discussions, la déforestation progressive, l’abattage anarchique des arbres et la chasse illégale des animaux continuent d’exercer une pression constante sur la biodiversité, malgré les dispositifs de protection existants. Dans une intervention qui se voulait à la fois pédagogique et directe, le responsable de la réserve a tenu à situer son action dans une temporalité encore récente.
« J’ai clairement signalé lors de la réunion que je suis encore nouveau à ce poste. J’ai déjà dressé mon rapport d’état des lieux. Cependant, je constate que l’environnement continue d’être menacé. Je rassure que ma présence sur le site de la réserve de faune de Ngandja apportera des changements significatifs, car ma priorité reste l’homme, véritable cheval de bataille pour protéger la forêt et les arbres », a-t-il déclaré.
Au-delà de l’énoncé des défis, cette prise de parole traduit une tension récurrente dans plusieurs aires protégées de la région : la nécessité de concilier protection stricte des écosystèmes et survie économique des communautés riveraines. D’après des observateurs du secteur, la pression sur les ressources forestières dans cette partie du Sud-Kivu reste étroitement liée aux besoins énergétiques domestiques, notamment la production de charbon de bois, mais aussi à certaines pratiques de chasse difficilement contrôlées dans les zones reculées.

Face à cette réalité, le conservateur a annoncé l’initiation de projets de reboisement appelés à accompagner, selon ses explications, une dynamique de développement local plus durable. Dans la même logique, il a précisé avoir interdit la fabrication de charbon de bois dans certaines zones identifiées comme sensibles, une mesure qui s’inscrit dans une volonté de réduire la dégradation progressive du couvert forestier.
Le dispositif de gestion évoqué à Lubondja repose par ailleurs sur un zonage précis de la réserve, distinguant la zone intégrale, la zone tampon et la zone à usages multiples. Dans cette dernière catégorie, des activités communautaires encadrées restent possibles, avec l’objectif affiché de maintenir un équilibre entre conservation et moyens de subsistance des populations locales, souvent dépendantes des ressources naturelles environnantes.
Sur le plan opérationnel, Amani Kabage David a également tenu à clarifier un point sensible qui alimente régulièrement des incompréhensions sur le terrain : la gestion des barrières au sein de la réserve. Il a insisté sur le fait qu’aucun frais n’est exigé aux passagers, précisant que le rôle des écogardes se limite strictement au contrôle des véhicules. Cette précision intervient dans un contexte où la question de la circulation et des prélèvements informels est souvent source de tensions entre usagers et agents de conservation, selon des témoignages recueillis localement.
La protection des zones les plus fragiles a également occupé une place centrale dans son intervention. Le chef de site a mis en avant la zone intégrale située le long de la Route nationale numéro 5, au point 17 kilomètres, une portion considérée comme cruciale pour la reproduction de la faune, où toute activité humaine perturbatrice doit être strictement limitée. Dans le même esprit de régulation, il a rappelé les mesures en vigueur sur le littoral du lac Tanganyika, notamment à Talama et Yungu, où la pêche des alevins a été formellement interdite afin de préserver le renouvellement naturel des stocks halieutiques.

En clôturant les travaux du forum, le conservateur a insisté sur la nécessité d’un changement de regard collectif vis-à-vis de la réserve. Il a appelé la population à accorder sa confiance aux mesures en cours et à renforcer la collaboration avec les gestionnaires du site, estimant que la conservation ne peut produire des résultats durables sans appropriation locale. Dans la même dynamique, il a exhorté les chefs coutumiers à jouer un rôle de médiation active, en privilégiant le dialogue, la cohésion sociale et le vivre-ensemble comme conditions essentielles d’une gestion apaisée des ressources naturelles.
À en croire plusieurs acteurs présents, les échanges de Lubondja traduisent moins une simple réunion administrative qu’un moment charnière pour une réserve de faune dont l’équilibre écologique dépend désormais autant des décisions institutionnelles que de la capacité des communautés à redéfinir leur rapport à la forêt. Dans cette région du Sud-Kivu où les pressions environnementales s’entrecroisent avec les enjeux de survie quotidienne, la trajectoire de Ngandja apparaît ainsi comme un test grandeur nature de la gouvernance locale des ressources naturelles.
Par kilalopress