Maniema : l’hécatombe silencieuse — 500.000 hectares envolés, et un pays qui marche encore les yeux fermés

Le Maniema est en train de perdre son souffle. Pas une métaphore : un arrachement réel, brutal, mesurable. En 22 ans, la province a laissé s’évaporer 500.000 hectares de forêts primaires humides, selon Global Forest Watch. Une disparition de 36%, qui révèle bien plus qu’un dérèglement écologique : c’est un basculement historique dont le pays semble ne pas encore mesurer l’ampleur.

Dans cette disparition qui n’a rien d’un accident, se dessine une politique du laisser-faire. Les forêts primaires du Maniema ne sont pas de simples masses végétales : ce sont des stocks de vie, des régulateurs climatiques, des territoires communautaires porteurs d’histoires et de savoirs. Pourtant, elles tombent sous les coups combinés de l’exploitation forestière anarchique, de l’agriculture sur brûlis devenue un refuge faute d’alternatives, de la pression démographique et d’un secteur minier incontrôlé. Le tout, amplifié par une gouvernance forestière poreuse qui laisse fuir les richesses comme de l’eau dans une jarre fissurée.

Mais gouverner, c’est protéger, et la question devient alors vertigineuse : qui répond du saccage ? Chaque hectare perdu est une part de souveraineté écologique qui disparaît, une portion de résilience climatique qui s’effondre, un droit communautaire qui s’effrite. La justice environnementale ne peut plus être réduite à un slogan : c’est la seule voie pour que les victimes de cette déforestation populations riveraines, femmes agricultrices, jeunes, pêcheurs ne demeurent plus abandonnées sur les décombres d’un désastre qu’elles n’ont pas provoqué.

Dans ce contexte, le Maniema n’a pas besoin de promesses, mais d’un sursaut. certains habitant de kabambare en propose meme de pistes de solutions entre autre , renforcer sérieusement la surveillance forestière, redonner un véritable pouvoir de gestion aux communautés, sanctionner les exploitants illégaux, mettre fin au chaos minier qui dévore les forêts au nom d’un développement fictif, et surtout créer des alternatives économiques durables : voilà les actions concrètes qui auraient déjà dû être posées hier. Le problème n’a jamais été la technique ou l’expertise ; le problème, c’est le courage politique.

Et finalement, certaines sources estiment qu’il faut comprendre que ce qui se joue au Maniema dépasse largement le Maniema. Car perdre 36% de forêts primaires en moins d’une génération, c’est faire vaciller l’équilibre climatique d’une province entière et, par ricochet, fragiliser celui du pays. Le Congo ne peut plus continuer à traverser son patrimoine forestier en somnambule, comme s’il était inépuisable. Notre vision panafricaniste ne peut s’écrire sans une réconciliation profonde avec la terre, sans un pacte national pour protéger nos forêts et sans une capacité à transformer la colère écologique en action collective.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :