Ituri : à Auko, la contestation monte contre une exploitation aurifère illégale accusée de ravager terres et rivières

À l’aube du jeudi 26 mars 2026, dans les reliefs discrets mais stratégiques du groupement Auko, au cœur de la chefferie des Aluru en territoire d’Aru (Ituri), une tension longtemps contenue a franchi un seuil critique. Selon des sources locales concordantes, une délégation mandatée par la communauté s’est présentée devant l’administrateur du territoire pour formaliser un rejet sans ambiguïté : celui d’une exploitation aurifère jugée illégale, attribuée à des ressortissants chinois opérant dans les villages de Lolodhi et Ongo.

D’après les éléments consignés dans un mémorandum dont une copie a été consultée par aruinfos.com, les griefs formulés dépassent la seule question de la légalité administrative. Ils traduisent une inquiétude plus large, enracinée dans les transformations rapides et peu maîtrisées des écosystèmes locaux. « Nous, population de la chefferie des Aluru, groupement des Auko, dénonçons l’exploitation illicite de l’or, exprimons notre profonde indignation et notre vive préoccupation face à l’exploitation illicite de l’or menée par un ressortissant chinois dans notre localité », peut-on lire dans ce document, qui porte la voix collective d’une communauté confrontée à ce qu’elle perçoit comme une dépossession progressive de son territoire.

Sur le terrain, les effets évoqués par les habitants dessinent un tableau désormais familier dans plusieurs zones minières artisanales de l’est de la République démocratique du Congo. À en croire certaines analyses locales, la dégradation environnementale figure parmi les premières conséquences visibles : pollution des cours d’eau, altération des sols, destruction de terres agricoles. Des observateurs notent que ces transformations affectent directement les moyens de subsistance, dans une région où l’agriculture reste un pilier essentiel de l’économie domestique.

Au-delà de l’impact écologique, les dynamiques sociales apparaissent tout aussi fragilisées. Les signataires du mémorandum dénoncent une exploitation réalisée sans consultation préalable ni consentement des communautés concernées, en contradiction, selon eux, avec les principes de gouvernance participative des ressources naturelles. Ils évoquent également l’absence de retombées économiques tangibles pour la population locale, renforçant un sentiment d’injustice et d’exclusion. Dans ce contexte, le non-respect allégué des autorités coutumières et des lois nationales est perçu comme un facteur aggravant, susceptible d’alimenter des tensions durables.

Face à cette situation, la communauté d’Auko formule une série d’exigences précises, traduisant à la fois une volonté de réparation immédiate et une aspiration à une meilleure régulation du secteur. Parmi celles-ci figurent le remblayage des trous creusés dans un délai de 72 heures, l’arrêt immédiat de toute activité d’exploitation illicite dans les villages de Lolodhi et Ongo, ainsi que le retrait sans condition des exploitants concernés. La population appelle également à l’ouverture d’une enquête jugée sérieuse par les autorités compétentes, à la réparation des préjudices causés tant à l’environnement qu’aux habitants, et à l’implication effective de la communauté locale dans toute décision future relative à l’exploitation des ressources naturelles.

Selon plusieurs acteurs du secteur, cette mobilisation locale s’inscrit dans une problématique plus large touchant la gouvernance minière en Ituri, où l’or, ressource à forte valeur économique, demeure au cœur d’enjeux complexes mêlant intérêts locaux, nationaux et internationaux. Dans ces zones, l’absence de mécanismes de contrôle efficaces et la porosité des circuits d’exploitation favorisent, d’après nos recoupements, l’émergence d’activités informelles aux conséquences souvent lourdes pour les écosystèmes et les populations. En filigrane, l’appel lancé aux autorités locales, provinciales et nationales traduit une attente claire : celle d’un rétablissement de l’autorité de l’État et d’une protection effective des intérêts des communautés. Reste à savoir, estiment certains observateurs, si cette interpellation trouvera un écho concret dans un contexte où la régulation du secteur minier artisanal continue de poser des défis structurels majeurs.

Par kilalopress

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