Haut-Uele : des élections communautaires au Parc national de la Garamba redessinent les équilibres entre conservation et gouvernance locale avec l’appui de l’Union européenne

Dans le nord-est de la République démocratique du Congo, aux confins des territoires de Dungu et Faradje, une séquence électorale peu ordinaire s’est discrètement tenue au cœur d’un espace longtemps marqué par les tensions entre impératifs de conservation et réalités sociales. Au sein du Parc national de la Garamba, des communautés riveraines ont été appelées à désigner leurs représentants au sein des Comités de Conservation Communautaire (CCC), un mécanisme inscrit dans la stratégie nationale de conservation de la nature.

D’après nos recoupements, ces scrutins, organisés dans les chefferies de Logo-Ogambi, Mondo-Missa et Wando, se sont déroulés entre le 19 et le 23 mars 2026, avec des étapes successives à Dungu et dans les entités coutumières environnantes. À chaque étape, la présence conjointe d’autorités politico-administratives, de chefs coutumiers, d’organisations de la société civile et d’habitants traduit, selon des observateurs locaux, une volonté partagée de redéfinir les relations entre aire protégée et territoires vécus.

Loin des discours souvent normatifs sur la participation communautaire, cette initiative semble s’inscrire dans une tentative plus pragmatique de rééquilibrage. Les membres élus des CCC, issus des communautés elles-mêmes et mandatés pour cinq ans, sont appelés à jouer un rôle d’interface : relayer les préoccupations locales, mais aussi accompagner les dynamiques de sensibilisation autour des enjeux environnementaux. À en croire certaines analyses, ce type de dispositif vise à atténuer les incompréhensions récurrentes entre gestionnaires d’aires protégées et populations dépendantes des ressources naturelles.

Dans cette province du Haut-Uele, où les équilibres écologiques restent fragiles face aux pressions anthropiques, la question de l’adhésion locale demeure centrale. « La conservation ne peut produire d’effets durables sans l’implication directe des communautés », confient des acteurs du secteur, évoquant une évolution progressive des approches autrefois jugées trop descendantes. Le processus électoral, décrit comme apaisé et transparent par plusieurs sources locales, intervient dans un contexte où les modèles de gouvernance participative sont de plus en plus encouragés par les partenaires techniques et financiers. Le partenariat entre l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature et African Parks, avec l’appui de l’Union européenne, est régulièrement cité comme un cadre structurant de ces dynamiques, bien que ses effets concrets continuent de faire l’objet d’appréciations contrastées selon les territoires.

Sur le terrain, certains habitants interrogés évoquent un « début de reconnaissance » de leur rôle dans la gestion des ressources, là où d’autres attendent encore des retombées plus tangibles en matière de conditions de vie. Cette ambivalence illustre les défis persistants d’une conservation dite inclusive, souvent confrontée à la complexité des réalités socio-économiques locales.

Reste que, dans un pays où la gouvernance environnementale peine encore à concilier protection des écosystèmes et justice sociale, l’expérience en cours dans le Parc national de la Garamba pourrait constituer, selon plusieurs analystes, un laboratoire à suivre de près. Entre espoirs suscités et attentes non comblées, ces élections des Comités de Conservation Communautaire dessinent les contours d’un dialogue encore fragile, mais désormais difficile à ignorer.

Par kilalopress

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