Kinshasa, 14 septembre 2025 – L’enthousiasme autour du potentiel africain en matière d’hydrogène vert se heurte à une réalité bien plus prudente. Selon le rapport Global Hydrogen Review 2025 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié vendredi 12 septembre, la production à grande échelle sur le continent reste hautement improbable d’ici la fin de la décennie.
L’Afrique figure parmi les régions les plus courtisées pour devenir un fournisseur majeur d’hydrogène bas carbone, aux côtés de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est. Ensemble, ces zones pourraient, en théorie, produire plus de 9 millions de tonnes par an d’hydrogène d’ici 2030, soit près d’un quart du total mondial envisagé. Mais la réalité des investissements raconte une autre histoire : à peine 0,5 % des projets africains disposent de financements confirmés, contre plus de 9 % à l’échelle planétaire. L’AIE estime ainsi que seuls 5 % des projets annoncés dans les économies émergentes ont une chance d’être opérationnels à cette échéance.
La lente progression des énergies renouvelables constitue un frein majeur. En 2024, l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est n’ont représenté que 6 % des nouvelles capacités solaires et éoliennes mondiales, un niveau jugé insuffisant pour alimenter les électrolyseurs nécessaires à une production massive d’hydrogène vert.
Près de 80 % des projets africains visent l’exportation, soit presque le double de la moyenne mondiale. Cette orientation vers des débouchés internationaux expose les promoteurs aux aléas d’une demande encore balbutiante et d’accords commerciaux incertains, ralentissant davantage la concrétisation des projets.
Les besoins d’investissement sont colossaux : 1 500 milliards de dollars et 420 gigawatts de capacité d’électrolyse seraient nécessaires pour réaliser l’ensemble des projets annoncés. Or, les pays émergents, Afrique incluse, n’attirent que moins de 9 % des capitaux mondiaux, avec un coût du capital oscillant entre 10 et 15 %, bien supérieur aux 5 à 7 % pratiqués dans les économies avancées.
Dans ce contexte, l’AIE prédit que l’Afrique ne verra pas émerger une véritable industrie avant 2030. Les prochaines années devraient plutôt être consacrées à des projets pilotes et de démonstration, étape jugée essentielle pour bâtir une filière locale solide, capable, à terme, de soutenir des projets à grande échelle. Cette analyse, loin de remettre en cause le potentiel du continent, souligne l’urgence de stratégies nationales cohérentes : accélération des énergies renouvelables, sécurisation du financement et création d’une demande locale. Sans ces leviers, l’hydrogène vert risque de rester, pour l’Afrique, une promesse lointaine plutôt qu’une révolution énergétique imminente.
Par kilalopress