À Waloa Loanda, au cœur du territoire de Walikale, la forêt n’est pas seulement un décor luxuriant que l’État regarde de loin en y projetant des promesses de conservation ou d’exploitation future. Elle est un espace vécu, travaillé, nourricier, et désormais traversé par une route que personne n’a financée, planifiée ni inaugurée. Depuis un mois, des paysans, des femmes, des jeunes, des chefs coutumiers y taillent à la machette et à la houe ce que l’administration congolaise appelle pourtant, dans ses documents stratégiques, une « infrastructure de base ».
La route Mandje–Lukaraba–Biriko, longue d’environ 60 kilomètres, avance sans engins, sans nivellement mécanique, sans études d’impact environnemental financées par des bailleurs. Dix kilomètres ont déjà été ouverts par la seule force communautaire. C’est peu sur une carte nationale, mais immense dans une région où l’enclavement est un déterminant structurel de la pauvreté rurale et de la dégradation forestière. Car l’isolement n’est pas neutre : il contraint les paysans à produire peu, à vendre mal, à perdre leurs récoltes, et pousse à l’extension agricole anarchique au détriment de la forêt, faute de débouchés organisés.
Abonnez-vous gratuitement pour continuer la lecture
Entrez votre email ou utilisez Google. Aucun paiement requis.