Kinshasa, 07 octobre 2025 — La capitale congolaise vibre aujourd’hui au rythme d’une mobilisation exceptionnelle pour la nature et le climat. Pendant trois jours, autorités publiques, société civile, representants des peuples autochtones et experts et partenaires internationaux se donnent rendez-vous pour l’atelier national sur le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, un projet stratégique qui pourrait transformer la République démocratique du Congo en pôle mondial de conservation et de développement durable.
L’atelier, orchestré par le Réseau Engagement Environnement et Droits Humains (R-EHD), n’est pas une simple réunion protocolaire : il s’agit d’un appel à l’action, d’un moment où l’engagement collectif prend tout son sens. Le R-EHD a insisté sur la nécessité d’une transparence totale, d’une gouvernance inclusive et d’une mobilisation citoyenne pour faire de ce couloir vert une réussite nationale et internationale.
La journée s’ouvre sur le mot de Maître Blaise Mudodosi coordonnateur de l’ONG APEM et représentant le R-EHD. D’emblée, il installe le cadre : le Couloir Vert Kivu-Kinshasa n’est pas un simple projet environnemental, mais une réponse audacieuse aux défis climatiques et sociaux du pays. Il rappelle le rôle vital de la société civile pour documenter, suivre et catalyser les initiatives locales, afin que chaque action contribue à la protection des écosystèmes et au bien-être des communautés.
Puis, c’est au tour de Yves Ngangay, Directeur Général de l’ICCN, de prendre la parole. Son discours met en lumière l’importance planétaire du couloir : il s’agit de protéger le bassin du Congo, le plus grand puits de carbone de forêt tropicale au monde, tout en articulant conservation et développement économique. Une alerte puissante pour rappeler que l’avenir de millions de Congolais et la sécurité écologique de la planète sont en jeu. Le message du Conseiller Principal du Chef de l’Etat en matiere de de l’Environnement, Urbanisme et Mobilité, lu par sa représentante, fait écho à l’ambition nationale : la RDC veut être un leader des solutions face au changement climatique. Le couloir vert repose sur quatre piliers stratégiques : la forêt, l’eau, la biodiversité et les minéraux essentiels pour la transition énergétique, et offre une plateforme pour des investissements verts et durables à travers le pays.

Le Professeur Nimbaka Henri, directeur du cabinet adjoint du ministère de l’Aménagement du Territoire, lit le message du ministre. Il rappelle que le Couloir Vert Kivu-Kinshasa est une aire protégée communautaire de 544 270 km², pensée pour concilier développement économique, conservation et droits des populations locales. Il met en avant la vulgarisation de la loi sur l’aménagement du territoire, la cartographie des infrastructures et la mise en place de plans directeurs cohérents. Selon lui, ce couloir vert est bien plus qu’un projet : c’est une zone économique spéciale à part entière, un levier pour investissements verts et durables, et un symbole de leadership de la RDC dans la lutte contre le changement climatique. Le moment fort de la matinée survient avec le discours de la Professeure Marie Nyange Ndambo, Ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat. Elle ouvre officiellement les travaux, posant le ton de l’urgence et de l’action collective.

Pour elle, le Couloir Vert Kivu-Kinshasa repose sur trois principes fondamentaux : conservation scientifique, justice sociale et développement durable. Elle formule cinq axes d’action concrets :
- Renforcer la gouvernance inclusive, en intégrant pleinement les communautés locales et autochtones.
- Garantir les droits et les moyens d’existence des populations vulnérables, en promouvant des filières durables et l’accès aux services de base.
- Déployer des actions de conservation fondées sur la science, en combinant connaissances scientifiques et savoirs autochtones.
- Mobiliser des financements innovants et éthiques, transparents et respectueux des droits locaux.
- Prévenir les menaces et sécuriser les acteurs sur le terrain, en luttant contre la déforestation illégale, le braconnage et l’exploitation non durable des ressources.
La Ministre lance un appel vibrant à l’ensemble des participants : société civile, communautés locales, acteurs privés et partenaires internationaux : « Agissons ensemble pour faire du Couloir Vert Kivu-Kinshasa un modèle mondial de conservation inclusive ». Dès la fin des discours d’ouverture, l’ambiance s’anime et les participants se dirigent vers la première série d’activités. La matinée débute par une des échanges informels et au réseautage.
Quelques heures plus tard Joe Eisen, le Directeur exécutif de Rainforest Foundation UK (RFUK) ouvre les presentations avec une introduction destinée à poser les bases du CVKK : contexte et justification, localisation et connexité, enjeux, ressources, forces et faiblesses, cadre légal et institutionnel. Les interventions de Emmanuel De Merode de la fondation VIRUNGA, Joel Wengamulay (ICCN) et Augustin Mpoyi captivent l’audience. Les échanges sont riches et les questions fusent : chaque participant semble vouloir comprendre les enjeux pour mieux contribuer à ce projet colossal.
Pour Emmanuel Musuyu, Secrétaire Exécutif de la CORAP et membre de R-EDH, souligne qu’au-delà de la participation des communautés locales et de la société civile, d’autres aspects restent à considérer, notamment les stratégies pour assurer l’efficacité du cadre de concertation.
« Nous nous réjouissons que la Ministre de l’Environnement ait souligné, dans son allocution, que les communautés locales doivent être consultées pour la mise en œuvre de ce couloir. C’est un point positif. À partir de ce discours, nous espérons que les communautés locales pourront effectivement se retrouver. Cependant, le défi ne se limite pas à la participation ; il concerne également l’organisation de l’ensemble du processus. Il s’agit aussi de comprendre comment tous les acteurs vont collaborer et quelles stratégies seront mises en place pour que le cadre de concertation fonctionne réellement, afin que ce couloir apporte de véritables bénéfices à la population congolaise », a-t-il expliqué.
Ensuite les enjeux et opportunités de développement : emplois verts, initiatives sociales, projets concrets à développer dans le CVKK, et retours d’expérience du diocèse de Butembo. Les débats montrent la volonté des acteurs de relier conservation et prospérité locale. plus tard dans les après midis le Panel 3 prend le relais : il explore sources de financements et investissements, économie verte, fiscalité, comparaisons avec les zones économiques spéciales, et les défis sécuritaires. Les interventions se succèdent : Virunga, ICCN, Prof Sakata, Junior Tchiteya, Abbé Norbert Ndavaro et d’autres experts apportent analyses et solutions, tandis que les participants réfléchissent aux stratégies concrètes pour sécuriser et financer le couloir vert. La première journée s’achève en esquissant les priorités pour les prochains jours.
Par kilalopress