RDC : La rivière N’djili, une source de vie menacée par la pollution invisible de Kinshasa

L’analyse de la vulnérabilité de l’eau destinée à la consommation humaine dans la capitale congolaise met en lumière des pratiques humaines nuisibles qui compromettent la qualité de l’eau de la rivière N’djili, essentielle à la vie de millions de Kinshasiennes. Une étude approfondie appelle à des mesures urgentes pour protéger cette ressource vitale.


L’accès à une eau potable de qualité est un enjeu de santé publique majeur à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. La rivière N’djili, qui alimente la principale usine de traitement d’eau de la ville, est au cœur de cette problématique. Une étude récente met en lumière les menaces qui pèsent sur la qualité de l’eau dans cette région, soulignant les dangers liés aux activités humaines non régulées. Ces pratiques, allant de la gestion désastreuse des déchets domestiques à l’utilisation incontrôlée de produits chimiques en agriculture, contaminent l’eau et représentent un risque sanitaire considérable pour la population.


La rivière N’djili est une ressource essentielle pour l’approvisionnement en eau potable de Kinshasa. Gérée par la Régie de Distribution d’Eau de la République Démocratique du Congo (REGIDESO), cette rivière est captée à travers un réseau de stations de pompage avant d’être traitée dans des usines spécialisées. Toutefois, une série de facteurs environnementaux et humains affectent gravement la qualité de l’eau prélevée.

Dans cette étude: https://www.scirp.org/journal/paperinformation?paperid=137268 « Environmental Assessment by Vulnerability Analysis of Water Intended for Human Consumption in Urban Environments: A Case Study of the N’djili River, Kinshasa » réalisée par des chercheurs de la République Démocratique du Congo, avec des données collectées et analysées entre 2021 et 2023, demontre que plusieurs sources de pollution ont été identifiées autour du bassin versant de la rivière. Parmi elles figurent les eaux usées domestiques non traitées, les déchets industriels et domestiques, ainsi que l’utilisation excessive de produits chimiques agricoles. Ces sources, combinées à des pratiques d’exploitation comme l’extraction de sable dans la rivière, augmentent la turbidité de l’eau et le niveau de solides dissous, rendant le processus de purification plus complexe et coûteux.

L’agriculture dans la zone de la rivière N’djili représente l’une des principales sources de pollution chimique. Les engrais chimiques tels que le NPK et les produits phytosanitaires, utilisés de manière incontrôlée, se retrouvent dans les eaux de surface et les nappes phréatiques. Ces substances, dont les nitrates et les phosphates, peuvent être particulièrement néfastes pour la santé humaine lorsqu’elles se retrouvent dans l’eau potable. L’usage de ces produits agricoles, bien que nécessaire pour augmenter la productivité, pose un risque majeur de contamination des ressources en eau, notamment par le biais de l’infiltration dans les sols.

Les autorités locales, en particulier REGIDESO, se trouvent dans une situation délicate, confrontées à une urbanisation galopante, une infrastructure vieillissante et une pression démographique croissante. La gestion des déchets, tant solides que liquides, reste une problématique non résolue. Des pratiques comme la décharge sauvage de déchets plastiques et la canalisation des eaux usées domestiques directement dans la rivière contribuent à l’aggravation de la pollution. De plus, l’absence de toilettes publiques dans certaines zones autour de la rivière N’djili pousse les habitants à se soulager directement dans le fleuve, augmentant ainsi la présence de coliformes et d’agents pathogènes.

Les risques pour la santé sont élevés : les eaux contaminées favorisent la prolifération de maladies hydriques telles que la malaria, le choléra et la typhoïde. Selon les dernières estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé, environ 505 000 décès annuels en Afrique sont liés à des maladies diarrhéiques causées par l’eau insalubre. L’étude de vulnérabilité réalisée autour de la rivière N’djili a mis en évidence que les périmètres de protection des captages d’eau sont souvent envahis par des activités polluantes. La zone immédiate, censée être protégée de toute activité humaine, est affectée par des décharges de déchets solides et des rejets d’eaux usées industrielles. La zone de protection rapprochée, située à 10 km en amont du point de captage, subit des pressions similaires, avec des activités agricoles intensives et l’extraction de sable qui contribuent à la pollution.

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L’état de l’eau de la rivière N’djili est alarmant. L’absence de mesures rigoureuses pour encadrer les pratiques humaines autour de cette ressource essentielle risque de compromettre l’avenir de l’eau potable à Kinshasa. Il est impératif que le gouvernement congolais, en collaboration avec les ministères de l’Environnement, de la Santé publique, et de l’Aménagement du territoire, mette en place un plan de sécurité sanitaire de l’eau. Ce plan devrait inclure une régulation stricte des activités agricoles et industrielles, une meilleure gestion des déchets, ainsi qu’une sensibilisation accrue de la population aux risques liés à la pollution de l’eau. Les recommandations proposées par les chercheurs, telles que le renforcement de la surveillance environnementale, la construction de toilettes publiques et la mise en place d’une gestion intégrée des ressources en eau, sont des étapes essentielles pour préserver la qualité de l’eau et protéger la santé de millions de Kinshasiennes. Il est urgent de passer à l’action pour garantir un avenir sans risques sanitaires liés à l’eau à Kinshasa.


Par Kilalopress

0 commentaire sur « RDC : La rivière N’djili, une source de vie menacée par la pollution invisible de Kinshasa »

  1. Je suis intéressé par ce site suite à mon domaine de recherches qui est le droit pénal de l’environnement spécialement sur la protection pénale des eaux

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