RDC : À Kinshasa, les jeunes prennent le guidon contre les pipelines de Total

kinshasa – Ce n’était pas une manifestation comme les autres. Ce samedi, dans les rues poussiéreuses d’une ville congolaise, des dizaines de cyclistes ont pris le bitume, non pas pour une course ou une balade, mais pour un acte de résistance. Leur cible ? TotalEnergies, le géant pétrolier français devenu, pour beaucoup en Afrique, le symbole d’un pillage maquillé en « transition énergétique ».

Casquettes vissées sur la tête, pancartes bricolées à la main, ces citoyens — des jeunes, des paysans, des mères de famille — ont enfourché leurs vélos pour dire non à un modèle qui les écrase. Sur leurs affiches, on pouvait lire : « Nos ressources, notre contrôle ! » Un slogan simple, presque naïf, mais chargé d’une colère froide. Car derrière cette phrase, il y a des villages rasés, des terres confisquées, des rivières souillées par les projets pétroliers, et des promesses de développement qui n’arrivent jamais.

Cette mobilisation s’inscrivait dans le cadre de la campagne #KickTotalOutOfAfrica, un cri collectif lancé par les communautés qui refusent d’être les dommages collatéraux des profits de multinationales étrangères. L’idée de pédaler est venue comme une évidence : un geste simple, accessible à tous, et terriblement symbolique. Quand Total construit des oléoducs longs de milliers de kilomètres, ces manifestants avancent à la force de leurs jambes, sans pétrole, sans bruit, avec une détermination contagieuse.

À la veille d’un tribunal populaire organisé en ligne contre le projet EACOP — un méga-oléoduc traversant l’Ouganda et la Tanzanie — les témoignages ont commencé à affluer. Une femme racontait comment sa famille avait été expulsée de ses terres sans indemnisation. Un jeune agriculteur expliquait avoir vu ses récoltes disparaître après la contamination des sols. D’autres parlaient de poissons morts, d’eau imbuvable, de promesses jamais tenues. Il ne s’agit pas ici de chiffres abstraits ou de débats techniques : ce sont des vies, des moyens de subsistance, des cultures qu’on efface au nom du « progrès ».

Et pendant ce temps, à Paris ou à Londres, les actionnaires de Total se félicitent de leurs dividendes. Ils parlent d’investissements verts, de neutralité carbone en 2050, pendant qu’en Afrique, on crève déjà de cette modernité toxique.

Cette action à vélo n’était donc pas un simple coup de com’. C’était une déclaration de guerre contre un système qui transforme les peuples en spectateurs de leur propre dépossession. Les manifestants n’attendent plus que quelqu’un vienne les sauver. Ils se lèvent eux-mêmes. Ils avancent. Ils occupent l’espace. Ils montrent que la résistance peut être joyeuse, créative, populaire.

Et surtout, ils ne demandent plus gentiment. Ils exigent. Que Total rende des comptes. Que les projets destructeurs comme EACOP soient stoppés. Que les ressources africaines servent d’abord aux Africains. Et que les entreprises qui détruisent repartent avec leurs pipelines, leurs contrats léonins, et leur cynisme. Parce qu’aujourd’hui, en République Démocratique du Congo comme ailleurs, un vent nouveau souffle. Ce n’est plus seulement une lutte contre Total. C’est une bataille pour la dignité, pour la justice climatique, et pour l’avenir. Un avenir qu’ils construisent eux-mêmes — un coup de pédale à la fois.

Par kilalopress

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