Nord-Kivu : Destruction de 20 hectares à Mayangose, le conflit entre conservation et survie paysanne s’enflamme autour du parc des Virunga

Beni, 25 septembre 2025 — Le bras de fer entre les gardiens du patrimoine naturel et les communautés locales a franchi un nouveau seuil critique. Mercredi 24 septembre, dans le village de Bapakombe-Bakondo, territoire de Beni, plus de 20 hectares de cultures vivrières ont été incendiés à Mayangose, en périphérie du parc national des Virunga, par des éco-gardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). L’opération, menée au nom du respect des limites légales du parc, a aussitôt déclenché la colère de centaines de cultivateurs qui accusent l’institution de s’approprier leurs terres ancestrales.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le parc des Virunga est l’un des écosystèmes les plus riches d’Afrique centrale, abritant gorilles de montagne, volcans actifs et une biodiversité exceptionnelle. Mais la frontière entre ce sanctuaire et les zones agricoles voisines reste contestée depuis des décennies. Une commission provinciale s’emploie depuis des mois à clarifier le tracé, sans résultat tangible. « L’action des éco-gardes est prématurée », a déploré le vice-gouverneur du Nord-Kivu, le commissaire divisionnaire Jean-Louis Karawa, rappelant qu’aucune décision officielle n’a encore été validée. Il a promis l’accompagnement des autorités pour rechercher une solution consensuelle et garantir la sécurité de la population.

Sur la route Nyaleke, axe vital reliant Beni à Kasindi, la tension a été immédiate : barricades, troncs d’arbres et pierres ont paralysé la circulation une grande partie de la journée de mercredi. « Nos champs sont notre unique source de nourriture. Détruire nos récoltes, c’est nous condamner à la faim », s’indignait un cultivateur, refusant de donner son nom par crainte de représailles. Les habitants dénoncent une « punition collective » alors que la région sort à peine de plusieurs années de violences armées et d’épidémies.

Pour l’ICCN, l’opération s’inscrit dans la lutte contre l’empiètement agricole, principal facteur de déforestation dans le parc. Les scientifiques rappellent que la perte d’habitat menace directement des espèces emblématiques comme l’okapi ou le gorille des montagnes. Mais les spécialistes de l’environnement soulignent aussi que la conservation ne peut se faire au détriment de la sécurité alimentaire. Selon le chercheur congolais Blaise Mutsaka, « sans solutions de cogestion ou de compensation, ces tensions risquent de s’aggraver et de compromettre la protection même du parc ».

Une réunion de concertation était annoncée pour tenter d’apaiser les esprits. Autorités provinciales, représentants des communautés et responsables de l’ICCN doivent y rechercher un compromis entre protection de la biodiversité et droits coutumiers. Car au-delà de cet incident, c’est l’équilibre entre une population en forte croissance, la pauvreté endémique et les impératifs écologiques qui se joue dans cette portion de l’Est congolais.

Ce nouvel épisode illustre la quadrature du cercle que représente la gestion des aires protégées en République démocratique du Congo : comment préserver un patrimoine naturel unique au monde sans sacrifier les moyens de subsistance des riverains ? Tant que la démarcation du parc des Virunga restera floue, le risque d’embrasement social restera, lui, bien réel.

Par kilalopress

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