À Bukavu, ville marquée par les cicatrices profondes des conflits armés, une nouvelle génération de journalistes et d’écrivains tente de reconstruire la mémoire collective à travers les mots. Parmi eux, N’naka Boroto Pascal, 24 ans, s’impose comme une voix singulière, à la croisée du journalisme, de la littérature et de l’engagement citoyen.
Lauréat de la 5e édition du Prix Voix d’Afriques, ce jeune journaliste du média indépendant Le Souverain Libre ne considère pas cette distinction comme une simple consécration personnelle. Pour lui, elle représente avant tout une tribune.
« Le concours, pour moi, c’était d’abord une voie de communication. Un moyen de me faire comprendre, mais surtout de faire entendre les maux des victimes de l’Est du Congo », confie-t-il dans un entretien accordé à Kilalopress. Derrière ses mots, une conviction forte : la littérature peut devenir un outil de justice symbolique dans un contexte où les voix des victimes restent souvent inaudibles.
Son roman, Le nom de ma mère, s’inscrit dans cette démarche. Bien plus qu’un récit intime, l’œuvre explore la portée symbolique du nom comme héritage collectif. « Le nom représente plus que la personne elle-même », explique l’auteur. « Il porte la mémoire, ce qui reste après la disparition. »
À travers cette réflexion, N’naka Boroto Pascal élargit son propos au destin de toute une nation. Dans un pays où les conflits ont fragmenté les histoires individuelles, le nom devient un fil conducteur, une trace persistante face à l’effacement. Sa mère, dans le roman, incarne alors bien plus qu’une figure familiale : elle devient une métaphore de la République démocratique du Congo, de sa mémoire blessée mais vivante.
Mais l’engagement du jeune écrivain ne s’arrête pas à la fiction. Il se prolonge sur le terrain à travers son initiative Les Voix des Oubliés, une archive citoyenne dédiée aux survivants des guerres en RDC. Ce projet vise à recueillir, préserver et valoriser les témoignages de celles et ceux que l’histoire officielle laisse souvent dans l’ombre, tout en facilitant leur accès à un accompagnement psychologique.
Dans un contexte où la reconnaissance des victimes reste un enjeu majeur, cette initiative s’inscrit comme une tentative de réparation, à la fois symbolique et humaine.
Malgré la reconnaissance obtenue, le discours de N’naka Boroto Pascal reste empreint de sobriété. « Il faut tenir. Faire de son mieux, malgré les difficultés. Toujours espérer », insiste-t-il dans un entretient accorder a kilalopress. Une injonction simple, presque brute, qui contraste avec la complexité du contexte dans lequel il évolue.
Car derrière les prix et les distinctions, l’auteur rappelle une réalité essentielle : « derrière chaque attente de reconnaissance, il y a des vies brisées qui attendent qu’on les reconnaisse vraiment ». Dans l’Est de la RDC, où les récits de guerre s’accumulent sans toujours trouver d’écho, des voix comme la sienne tentent de fissurer le silence. Et si la littérature ne suffit pas à réparer les injustices, elle peut au moins leur donner un nom — et une mémoire.
Par kilalopress