Mumosho : Formation à la gestion des arbres et aux coopératives agricoles

À Mumosho, dans le territoire de Kabare (Sud-Kivu), des centaines d’agriculteurs de Burhembo et Cinkunga ont été formés du 9 au 12 janvier 2026 à la gestion des arbres, au développement des coopératives agricoles et aux revenus alternatifs. L’initiative, portée par l’Organisation Congolaise des Écologistes Amis de la Nature (OCEAN), s’inscrit dans le projet de restauration du bassin versant du Kivu et de la Ruzizi (KiRuCare) visant à renforcer la résilience écologique et socio-économique locale.

L’initiative, portée par l’Organisation Congolaise des Écologistes Amis de la Nature (OCEAN), s’inscrit dans le projet « Restauration du bassin versant du Kivu et de la Ruzizi » (Kivu Ruzizi Catchment Restoration – KiRuCare), un programme qui ambitionne de répondre à une équation devenue centrale au Sud-Kivu : restaurer les écosystèmes tout en sécurisant les moyens de subsistance des communautés riveraines. À en croire plusieurs participants, l’atelier ne se limitait pas à une transmission descendante de connaissances, mais cherchait à reconnecter les pratiques agricoles quotidiennes à une vision de long terme du territoire.

Chargé de programme à OCEAN, le professeur Jean-Claude Mbalasa a rappelé que l’enjeu immédiat n’était plus seulement de planter, mais de faire durer. La session visait avant tout à outiller les agriculteurs sur la gestion des arbres déjà mis en terre, afin de garantir des résultats durables, explique-t-il. Le projet, précise-t-il, repose sur trois piliers étroitement liés : la restauration du sous-bassin versant de Mumosho, la capacitation des populations locales et un appui socio-économique pensé comme un levier d’autonomie. D’après ses indications, au moins six sessions de formation avaient déjà été organisées en amont, signe d’un processus inscrit dans la continuité plutôt que dans l’événementiel ponctuel.

Sur le terrain, cette stratégie se traduit par une combinaison assumée d’arbres agroforestiers, fruitiers et forestiers, inspirée de l’approche BEST d’ARCOS, qui met l’accent sur le renforcement institutionnel, la résilience environnementale et des solutions durables. Selon les données communiquées, 50 % des plantations concernent des espèces agroforestières, 30 % des arbres fruitiers, le reste étant constitué d’essences forestières et exotiques. Manguiers, orangers, avocatiers, citronniers, pruniers et maracoudjas figurent parmi les espèces retenues, avec un objectif global de restauration d’au moins 250 hectares. À ce stade, près de 16 000 plantules auraient déjà été mises en terre sur environ 100 hectares, un chiffre qui, rapporté à la pression foncière et à l’érosion observées dans la zone, donne la mesure du chantier encore à consolider.

Au-delà des chiffres, la formation a également abordé des aspects très concrets, parfois négligés dans les programmes de reboisement. Le professeur Mbalasa a ainsi insisté sur les pratiques de compostage, déconseillant l’usage de produits tels que l’huile, la soupe ou la mousse de savon, jugés néfastes pour la qualité du compost. Des recommandations techniques qui, selon plusieurs observateurs, témoignent d’une volonté d’ancrer la restauration écologique dans des gestes maîtrisés et reproductibles au niveau des ménages.

La deuxième journée a déplacé le regard vers l’économie locale. Le développement de l’entrepreneuriat agricole, la création de coopératives et la diversification des revenus ont occupé une place centrale dans les échanges. Technicien à OCEAN, Patrice Ngaboyeka a appelé les communautés de Burhembo et Cinkunga à associer étroitement les autorités locales dans la structuration des coopératives, tout en se dotant d’une vision claire de développement. Il a également souligné l’importance de travailler dans un climat de compréhension, de paix et de cohésion sociale, des conditions souvent fragiles dans des zones où la pression sur les ressources naturelles exacerbe les tensions.

Présent à l’activité, le chef du groupement de Mumosho, Lambert Kagizi, a reconnu l’ampleur de la dégradation environnementale subie par son entité. Il s’est engagé, avec le comité de développement et les chefs de sous-villages, à assurer le suivi des arbres plantés afin d’en garantir la croissance. Pour lui, l’enjeu dépasse le simple succès d’un projet : il s’agit de restaurer une relation de confiance entre la communauté et son environnement.

Dans la société civile locale, certains voient déjà dans ces plantations un potentiel économique tangible. Nsimire Masirika estime que les arbres, s’ils sont correctement entretenus, peuvent générer des revenus par la vente du bois, des fruits ou même la production de braises. Une lecture pragmatique qui rappelle que la protection de l’environnement, dans ce contexte, ne peut être dissociée des impératifs de survie économique. De son côté, Kagizi Joseph, chargé de développement du groupement de Mumosho, a annoncé son intention de transformer sa parcelle en ferme pilote, appelant hommes, femmes et jeunes à planter au moins trois espèces fruitières par ménage. Son constat est sans détour : il juge préoccupant que les fruits consommés localement proviennent encore du Rwanda, et s’engage à soutenir OCEAN avec rigueur pour que les arbres soient effectivement plantés et suivis dans les foyers.

À moyen et long terme, les promesses du projet KiRuCare se joueront moins dans les discours que dans la capacité des communautés à s’approprier ces dynamiques. L’accompagnement annoncé des coopératives constituées, dont les projets sélectionnés bénéficieront d’un appui spécifique, sera déterminant pour transformer les formations en chaînes de valeur durables. Si les défis restent nombreux — pression démographique, accès au marché, gouvernance locale —, plusieurs analyses estiment que l’articulation entre restauration écologique et structuration économique constitue l’un des rares chemins crédibles pour stabiliser les bassins versants du Kivu et de la Ruzizi.

En appelant la communauté de Mumosho à s’approprier pleinement le projet, OCEAN et son partenaire ARCOS semblent parier sur une évidence souvent oubliée : sans ancrage local, aucun arbre ne survit longtemps. À Mumosho, l’enjeu n’est donc pas seulement de reverdir les collines, mais de reconstruire, arbre après arbre, une économie rurale capable de résister aux chocs climatiques et aux dépendances régionales. Pour le consortium engagé dans cette initiative, les bases sont posées ; reste désormais à inscrire cette ambition dans la durée, au rythme des saisons et des communautés qui en seront les premières gardiennes.

Par kilalopress

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