Lubumbashi : Trois lionceaux arrachés, six trafiquants arrêtés… tandis que la politique de la faune sauvage traîne en RDC

Lubumbashi – Alors que le pays prétend réformer sa politique de conservation, trois lionceaux trafiqués en provenance d’Afrique du Sud sont interceptés à Lubumbashi. Un scandale de plus, une hypocrisie de trop, dans un État qui parle biodiversité mais pactise avec sa destruction.

La scène aurait pu faire sourire les cyniques : trois lionceaux filmés sur les réseaux sociaux, proposés à la vente comme des gadgets exotiques, interceptés sur une route secondaire du Haut-Katanga. Mais au cœur de ce nouvel épisode de criminalité faunique, c’est toute une mascarade politique qui s’effondre. Car pendant que le gouvernement congolais parle de réformes « historiques » pour protéger la biodiversité, le trafic d’espèces sauvages, lui, prospère en toute impunité.

Et dans cette histoire, personne ne peut dire qu’il ne savait pas. Des frontières poreuses, des réseaux bien installés, des institutions complices ou absentes, et une faune réduite à un business lucratif. Trois lionceaux interceptés suffisent à révéler ce que beaucoup dénoncent depuis longtemps : en RDC, la biodiversité est moins protégée que promise. Et tant que les prédateurs porteront des cravates au lieu de crocs, aucune réforme ne changera quoi que ce soit. Trois lionceaux interceptés à Lubumbashi, en plein trafic transfrontalier. Trois vies sauvages arrachées à leur habitat, trois cris étouffés dans une cage… Et après ? « Que va-t-on faire ? », s’indigne une militante environnementale de Goma. « On ne peut pas continuer à faire semblant de découvrir un trafic qu’on connaît depuis des années ! »

Des individus pris la main dans le sac avec des espèces sauvages illégalement importées, et la réaction des autorités ? Quelques arrestations, un dépôt au zoo, des déclarations lisses à la presse. « Où est la fureur judiciaire ? Où est la traque des réseaux derrière ce trafic ? Où est la sanction exemplaire ? », s’interroge un habitant de Kolwezi, visiblement excédé par la banalisation de ces crimes. Personne n’est dupe. Ce trafic n’est pas un accident isolé. Il est structurel. Il est ancré. Il est même protégé. « Ces lionceaux viennent d’Afrique du Sud, pas de la RDC », explique un vétérinaire de Kinshasa, avant d’ajouter : « C’est la preuve qu’un corridor mafieux fonctionne tranquillement, sous les yeux des institutions. »

Un étudiant en sciences environnementales à l’Université de Lubumbashi pousse un coup de gueule : « Ils déplacent des lions comme s’ils envoyaient des colis express ! Où sont passés les contrôles aux frontières ? Les douanes dorment ? Ou ferment-elles volontairement les yeux ? »

Et comme toujours, on se contente d’interpeller quelques lampistes, tandis que les cerveaux du trafic, eux, continuent de circuler librement. « C’est toujours les petits qu’on montre à la presse », dénonce un Baguma Jean paul du parlement de jeune de Bukavu. « Mais les vrais commanditaires, ceux qui financent, planifient, exportent… eux, personne ne les touche. »

Pour de nombreux citoyens, ces lionceaux ne sont pas de simples animaux. Ils sont les symboles d’une biodiversité à l’agonie. « Un lionceau dans une cage, c’est une défaite pour toute l’Afrique », affirme un ancien zoologiste retraité au sud-kivu. « Ils devaient grandir dans la savane, pas être vendus sur TikTok. »

« Le vrai drame, c’est l’indifférence », soupire une activiste basée à Kinshasa. « On a des gens qui se filment en train de vendre des fauves, et tout ce qu’on trouve à dire, c’est que le zoo va bien s’en occuper ? On marche sur la tête. »

Et c’est toute la jeunesse qui s’indigne. « Chaque lionceau volé, c’est une cicatrice infligée à notre continent », martèle une étudiante de Kisangani. « On ne parle pas juste d’un trafic, on parle d’un crime contre la vie. » Un enseignant chercheur en biodiversité n’y va pas par quatre chemins : « Ce qui se passe est une honte. Ce n’est plus de la négligence, c’est de la complicité. Et ça dure depuis trop longtemps. »

Dans les réseaux des écologistes congolais, le mot d’ordre est clair : il faut frapper fort. Maintenant. Assez de promesses. Assez de rapports creux. Assez de tolérance. « On veut des arrestations fermes, des condamnations exemplaires, le démantèlement des réseaux et une vraie surveillance des routes de trafic », exige un coordinateur de la société civile à Lubumbashi.

Et tous les regards se tournent vers la route de Kasenga. « Ce n’est pas juste un tronçon routier, c’est un point noir du trafic faunique. Ce n’est pas nouveau. Alors pourquoi rien ne bouge ? », s’insurge une écologiste de la région. Un vétérinaire engagé dans la défense animale rappelle que ces lionceaux ne pourront jamais retourner à la vie sauvage. « Ce sont des prisonniers à vie. Et pourtant, personne ne semble mesurer la gravité de cette perte », dit-il, les larmes dans la voix.

Nathalie Mbuyi une jeune militante contactée par kilalopress résume ce que beaucoup ressentent : « Cette affaire, c’est un signal d’alarme. Et peut-être le dernier. Si on laisse passer ça, alors autant signer la fin de notre faune. »

Car la vérité, amère mais implacable, c’est que les vrais prédateurs ne sont pas dans les cages. Ils sont dans les bureaux, les postes de commandement, les réseaux d’influence. Ils parlent bien, ils se présentent comme investisseurs, mais ils détruisent l’âme de notre biodiversité. Aujourd’hui, ce sont les Congolais eux-mêmes qui réclament justice. Pas demain. Pas dans cinq ans. Maintenant. Le Congo ne veut plus être le terrain de chasse des trafiquants, ni le cimetière silencieux des espèces emblématiques.

Protéger un lionceau, c’est protéger un continent.
Trafic d’espèces = Trahison de l’Afrique.
La biodiversité n’est pas une ressource : c’est une mémoire vivante.

« Et cette mémoire, nous refusons de la laisser mourir », conclut Nathalie Mbuyi. Disons qu’en tant que signataire du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, la RDC s’est engagée à mettre fin à l’exploitation non durable et au trafic illégal d’espèces sauvages d’ici 2030. Pourtant, chaque lionceau intercepté dans un trafic illégal, chaque réseau mafieux qui opère en toute impunité, prouve que ces engagements restent de simples signatures sur du papier. Le cas des trois lionceaux à Lubumbashi illustre l’écart dramatique entre les promesses faites sur la scène internationale et la réalité sur le terrain national. Comment prétendre respecter les objectifs mondiaux, alors que le pays n’arrive même pas à sécuriser ses frontières fauniques ? ».

Par kilalopress

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