La capitale congolaise suffoque. Montagnes d’ordures, caniveaux bouchés, eaux stagnantes, embouteillages monstres… Kinshasa n’est plus une ville, mais un miroir grossissant de la faillite de sa gouvernance. Ce dimanche 24 novembre 2025, à l’esplanade du Palais du Peuple, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu n’a pas mâché ses mots. Devant des centaines de jeunes catholiques, il a pointé du doigt l’ennemi invisible mais omniprésent : la corruption, véritable virus qui ronge la ville depuis des décennies.
Pour le cardinal, les maux de Kinshasa – insalubrité, absence d’infrastructures adéquates, embouteillages monstres, inondations — ne sont pas des fatalités climatiques ou naturelles. Ils sont le fruit direct de détournements massifs, de décisions politiques court-termistes et d’un système qui sacrifie le bien commun au profit de quelques-uns. “C’est depuis l’école qu’il faut dire non à la corruption et à la tricherie”, a martelé Ambongo, invitant les jeunes à devenir les sentinelles de la justice sociale et environnementale.
Le cardinal a pris pour exemple Floribert Bwana Chui, ancien cadre de l’Office Congolais de Contrôle, béatifié le 15 juin 2025, qui a refusé de fermer les yeux sur l’importation de riz avarié. “Un jeune comme vous qui a su dire non à la corruption jusqu’à sacrifier sa vie pour celle de ses frères et sœurs”, a rappelé Ambongo. Une leçon de courage qui résonne comme un appel à la conscience collective : l’avenir de Kinshasa, de la RDC, passe par des actes concrets et courageux, et non par des discours vides.
Sur le terrain, la réalité est brutale. Les Kinois racontent une ville où le chaos sanitaire et environnemental est la norme. Félix Tshisekedi, chef de l’État, a lui-même décrit un niveau “profondément alarmant, voire catastrophique” d’insalubrité. Pourtant, les mesures adoptées — routes à sens unique, patrouilles combinées police-FARDC — semblent impuissantes face à l’ampleur du désastre.
Et la pluie, dans cette ville, n’est pas synonyme de renouveau. Elle déclenche inondations et désastres matériels, laissant des centaines de sinistrés à la merci d’un État débordé ou défaillant. L’absence de suivi et de prise en charge accentue le sentiment d’abandon. Kinshasa étouffe, non seulement sous ses déchets et ses eaux stagnantes, mais sous l’indifférence et la complicité silencieuse de ceux qui devraient protéger la ville.
Ce cri d’alarme lancé par le cardinal Ambongo n’est pas un simple sermon religieux. C’est un appel à l’action, à la vigilance citoyenne, à la réappropriation de notre ville. La bonne gouvernance environnementale n’est pas une option, mais une exigence morale et politique. Les jeunes sont appelés à être les artisans de cette révolution civique : dénoncer, agir, protéger et reconstruire.
Kinshasa peut encore se relever. Mais pour cela, il faudra plus que des mots : des actes courageux, des responsabilités assumées et une justice environnementale qui rende aux victimes de la corruption et du laisser-aller leur droit à une ville vivable. La question n’est plus seulement : “Qui gouverne Kinshasa ?” mais “Qui osera se lever pour la sauver ?”.
Par kilalopress